Epidémie d'Ebola

Epidémie d'Ebola


Pendant une épidémie, la recherche d’un traitement ne se déroule pas seulement dans les centres de soins. Elle se poursuit aussi dans les familles, les conversations et les communautés.

Et parfois, un produit disponible à proximité devient une promesse de guérison.

Les bulletins infodémiques consacrés à Ebola en RDC ont ainsi recensé plusieurs produits présentés comme capables de protéger contre la maladie ou de la guérir. Les documents consultés, enquêtes menées et experts interrogés n’apportent aucune preuve de leur efficacité contre Ebola.

Le danger est surtout ailleurs : faire confiance à un traitement non vérifié peut retarder l’arrivée d’un malade dans une structure de soins.

Plusieurs « remèdes » apparaissent dans les récits

Début août, le bulletin infodémique classe parmi les rumeurs à traiter en priorité l’affirmation selon laquelle une pénicilline injectable destinée aux animaux guérirait Ebola.

Quelques semaines plus tard, le phénomène n’a pas disparu, mais les produits cités ont changé.

Le bulletin du 17 au 23 août mentionne du sel traditionnel, des comprimés non vérifiés et un vaccin destiné aux animaux, présentés comme capables de protéger contre Ebola ou de le guérir.

Il ne s’agit donc pas d’un seul faux remède.

C’est le même récit qui peut changer de produit : quelque chose que l’on possède, que l’on connaît ou que quelqu’un recommande serait capable de remplacer une prise en charge médicale.

Que prouvent les documents, enquêtes et experts sur ces produits ?

Rien qui permette d’affirmer qu’ils guérissent Ebola.

Les sources consultées ne les présentent pas comme des traitements validés. Au contraire, ils les classent parmi les rumeurs à traiter en priorité et recommandent de vérifier ces affirmations.

Pourquoi chercher une solution ailleurs ?

Les experts documentes une méfiance envers les centres de traitement, des interrogations sur les médicaments administrés, des retards d’ambulance ou de résultats et des préoccupations sur la qualité des soins.

Le bulletin du 1er au 8 août estime que ces perceptions et ces difficultés peuvent retarder l’orientation des malades, favoriser leur dissimulation et renforcer le recours aux tradipraticiens.

Cela ne signifie pas que toute personne qui consulte un tradipraticien refuse les soins médicaux, ni que ces difficultés expliquent chaque faux traitement.

Mais elles permettent de comprendre pourquoi il ne suffit pas de répondre : « ce remède ne marche pas ».

Il faut aussi demander pourquoi cette solution paraît crédible ou préférable à celui qui l’utilise.

Le vrai danger : perdre du temps

C’est ici que le récit devient une question d’utilité sanitaire.

Une personne qui croit avoir trouvé un remède peut décider d’attendre avant de chercher des soins.

Or les experts montrent justement que certaines familles retardent ou refusent déjà l’orientation vers les centres de traitement dans un contexte de défiance.

Le risque d’un faux traitement ne tient donc pas seulement au produit lui-même.

Il tient aussi à ce qu’il peut remplacer : le recours aux soins.

« Pas de traitement spécifique » ne signifie pas « aucun soin »

C’est une confusion que nous avons déjà examinée dans l’épisode 6.

Dire qu’il n’existe pas de traitement spécifique homologué contre Ebola Bundibugyo ne signifie pas que les soignants ne peuvent rien faire.

C’est précisément pour cette raison qu’une promesse de guérison facile peut être trompeuse : elle oppose un « remède » présenté comme certain à une médecine qui, elle, doit expliquer ses limites et ses incertitudes.

Une affirmation très sûre d’elle-même n’est pas une preuve d’efficacité.

Comment reconnaître une promesse qui doit vous rendre prudent ?

Si quelqu’un affirme qu’un produit « guérit Ebola », la première question n’est pas : combien coûte-t-il ?

C’est :Quelle preuve montre qu’il guérit Ebola ?

Un témoignage, une guérison survenue après la prise d’un produit ou le fait qu’un remède soit utilisé depuis longtemps ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer qu’il est efficace contre Ebola.

À vrai dire

Oui, des remèdes présentés comme capables de protéger contre Ebola ou de le guérir ont circulé pendant cette épidémie.

Non, les documents consultés et les experts interrogés n’établissent pas que ces produits guérissent Ebola.

Et c’est ce qu’il faut pouvoir expliquer simplement à un proche :

ce n’est pas parce qu’un produit est disponible, connu, recommandé par quelqu’un ou présenté comme un remède qu’il a fait la preuve de son efficacité contre Ebola.

Lorsqu’une personne présente des signes suspects, essayer d’abord une solution non vérifiée peut surtout avoir une conséquence : retarder la recherche de soins.

Les récits d’Ebola, épisode 10 | Lokuta Mabe