Du 21 au 22 octobre à Nairobi, au Kenya, vérificateurs de faits, chercheurs, décideurs politiques, acteurs de la société civile et journalistes ont pris part à l'Africa Facts Summit 2026, dans un contexte marqué par une pression croissante sur l'écosystème de l'information, notamment sous l'effet de l'intelligence artificielle.
Placée sous le thème « L'intégrité de l'information dans un paysage en constante évolution : IA, pouvoir d'agir et influence en Afrique », cette cinquième édition a réuni une centaine de participants venus de plus de 30 pays. Parmi eux figurait Lokuta Mabe, le programme de vérification des faits de Kinshasa News Lab et membre du réseau Africa Facts coordonné par Africa Check, organisateur du sommet.
Pendant deux jours, les échanges ont principalement porté sur la montée des manipulations de l'information alimentées par l'intelligence artificielle. Au-delà des enjeux technologiques, les participants ont également analysé les conséquences concrètes de la désinformation dans les domaines de la santé, du climat, des droits des femmes ainsi que dans les récits trompeurs liés aux migrations.
Les échanges comprenaient cinq tables rondes consacrées notamment aux zones de conflit comme champs de bataille de l'information ; à la responsabilité des plateformes dans les langues africaines ; à la manipulation de l'information et aux ingérences étrangères (FIMI) en Afrique ; aux liens entre science et désinformation, ainsi qu'à la désinformation fondée sur le genre. Douze ateliers, dont plusieurs consacrés à l'intelligence artificielle, à la désinformation sanitaire et aux pratiques du fact-checking, ainsi que quatre présentations thématiques ont complété les travaux.
Dans son allocution d'ouverture, Noko Makgato, directeur exécutif d'Africa Check, a salué la mobilisation des participants et appelé à une réponse collective face aux défis informationnels actuels.
« C'est un moment d'apprentissage où chacun peut apprendre des autres. Nos réponses aux problématiques liées à la désinformation doivent désormais être collectives », a-t-il déclaré.
Les récits d'Ebola mis en lumière
Parmi les interventions marquantes, le panel intitulé « Science et désinformation : quand la fausse information coûte des vies » a mis en lumière l'impact des rumeurs lors des épidémies. À cette occasion, Dieubon Mughenze, correspondant d'ACTUALITE.CD à Beni, dans la province du Nord-Kivu, est revenu, en tant que panéliste, sur plusieurs récits apparus lors des flambées d'Ebola dans l'est de la RDC.
Il a notamment évoqué les allégations selon lesquelles Ebola serait « un business », un « mauvais sort » ou encore les rumeurs récurrentes sur l'enterrement de cercueils vides. Selon lui, ces narratifs, bien connus, réapparaissent pratiquement à chaque résurgence de la maladie et contribuent à fragiliser la réponse sanitaire.

Cette intervention a trouvé un écho particulier dans le travail mené par Lokuta Mabe, engagé depuis plusieurs mois dans la lutte contre la désinformation liée à la 17e épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo. À travers ses vérifications, Lokuta Mabe s'attache à documenter et déconstruire les fausses informations qui circulent autour de la maladie et des campagnes de riposte.
Cette expérience de Lokuta Mabe a également été partagée grâce à une intervention lors du panel consacré aux zones de conflit comme champs de bataille de l'information ainsi qu'au cours d'un atelier portant sur l'écoute sociale face à la réticence vaccinale et à la désinformation sanitaire dans les contextes fragiles et d'urgence.
Première organisation indépendante et à but non lucratif de vérification des faits en Afrique, Africa Check œuvre à promouvoir l'exactitude de l'information dans le débat public et les médias du continent afin de favoriser des décisions fondées sur des faits vérifiés. L'organisation coordonne notamment le réseau Africa Facts, que Lokuta Mabe a rejoint en juillet 2025.