Ph. Droits tiers

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Depuis plusieurs mois, une même photo de la ministre d'État congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, circule et recircule sur X sous des légendes qui n'ont rien à voir avec son contenu réel. Le procédé se répète à intervalles réguliers : une image authentique, sortie de son contexte, habillée d'une rumeur déjà ancienne. Voici ce que les faits permettent d'établir, et ce qu'ils ne permettent pas.

Le point de départ : une apparition à Doha, en 2025

L'affaire remonte à l'automne 2025. Des vidéos et publications commentent alors l'apparition de Thérèse Kayikwamba Wagner aux côtés du président Félix Tshisekedi lors d'un sommet à Doha, au Qatar. De ces commentaires naît une rumeur d'aventure entre la ministre et le chef de l'État, puis l'annonce d'une grossesse qui en découlerait. Un surnom apparaît alors dans certains cercles en ligne : « bébé Doha ».

Le 7 novembre 2025, la ministre publie sur son compte X une « déclaration personnelle ». Elle y dénonce des publications et vidéos qu'elle qualifie de mensongères et diffamatoires, affirme qu'elles ont visé « ce qui aurait dû rester un moment d'intimité et de joie » pour sa famille, et annonce avoir mandaté le cabinet ALTIUS, basé à Bruxelles, pour engager des poursuites en Belgique, en Suède et aux États-Unis. Trois cibles sont nommées dans un premier temps : Pero Luwara, animateur de la chaîne CPL TV depuis la Belgique, Emmanuel Banzunzi, responsable de la chaîne Bishop National depuis la Suède, et le site CongoIntelligence.com. 

CongoIntelligence.com, l'un des sites visés par la procédure, a effectivement publié en novembre 2025 un article présentant la grossesse de la ministre comme un scandale d'État. Le site est revenu à la charge en février 2026 avec un nouvel article affirmant, sans preuve vérifiable, qu'un enfant venait de naître de cette relation supposée, que la Première dame Denise Nyakeru en exigeait la démission de la ministre, et reprenant le surnom « bébé Doha » déjà en circulation.

Juin 2026 : la même rumeur, une autre photo

Les tweets examinés pour cet article montrent qu'au moins trois comptes X distincts (Akaliza Uwase, Gisèle Mulumba, et Anatole Dékélé Nienge-wantubani, ce dernier certifié) ont publié entre le 18 et le 20 juin 2026 ont détourné une autre photographie.

Depuis #Monrovia, au #Liberia, où nous sommes en mission, toute la délégation congolaise, notre Ambassade et les équipes du Ministère des Affaires étrangères se joignent à moi pour souhaiter plein succès à nos Léopards.

Toujours avec vous. Toujours derrière vous.

Allez les… pic.twitter.com/0q3Usrc2XE

— Thérèse Kayikwamba Wagner (@kayikwambaT) June 17, 2026

 

Cette photo n'a rien de mystérieux. Elle a été postée par la ministre elle-même sur son compte certifié (@kayikwambaT), le 18 juin 2026, avec une légende précisant qu'elle se trouvait alors à Monrovia, au Liberia, en mission officielle, et qu'elle souhaitait bonne chance à l'équipe nationale congolaise, les Léopards. Le post original affiche plusieurs milliers d'interactions.

C'est cette photo officielle qui a servi de matière première aux publications détournées. Sous la légende d'Akaliza Uwase (« Mais pourquoi ce bébé ressemble trop à Tshilombo »), Gisèle Mulumba ajoute : « De qui est vraiment ce bébé ? Bienvenue bébé Doha. Les joues disent quelque chose ? ». Sur la photo publiée par la ministre, il n'y a pas aucun bébé.

Pourquoi il s'agit de désinformation fondée sur le genre

Trois éléments distinguent ce dossier d'une simple polémique politique.

D'abord, le sujet de la rumeur n'est ni un acte officiel ni une décision de politique étrangère, mais le corps, la grossesse et la vie de famille de la ministre. C'est une constante des campagnes de dénigrement contre les femmes en position de pouvoir : on conteste leur compétence en s'attaquant à leur sexualité plutôt qu'à leurs dossiers.

Ensuite, le mécanisme repose sur le recyclage. La même rumeur, le même surnom et la même question (« de qui est cet enfant ? ») sont réappliqués à des photos différentes, prises à des mois d'intervalle, sans qu'aucune des publications n'apporte un élément de preuve nouveau. C'est une caractéristique classique de la désinformation en ligne : une fois qu'un récit accrocheur s'installe, il devient une grille de lecture qu'on superpose à n'importe quelle image disponible.

Enfin, l'argument pseudo-scientifique sur la couleur de peau ajoute une couche supplémentaire : il prétend « démontrer » la rumeur par un raisonnement présenté comme biologique, alors qu'il s'agit d'un préjugé recyclé sous une apparence de rigueur. Ce procédé est d'autant plus à signaler que la ministre elle-même est née d'une mère congolaise et d'un père allemand, ce qui ne l'a jamais empêchée, ni elle ni sa propre famille, d'être reconnue comme congolaise. Le tout, sachant que la photo originale a été trafiquée, laquelle photo n'avait aucune trace de présence d'un bébé sur l'image.