Lokuta Mabe

Lokuta Mabe


Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donné son feu vert pour la tenue d’un dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain. Cette annonce a été faite à l’issue d’une rencontre organisée le 17 juillet 2026 à la Cité de l’Union africaine avec les représentants des principales confessions religieuses du pays. Selon la Présidence, cette initiative a pour objectif de renforcer la cohésion nationale dans le respect des institutions de la République et de la Constitution (lien archivé ici). 

Dans ce contexte, plusieurs publications diffusées sur les réseaux sociaux affirment que le chef de l’État aurait désigné Fortunat Biselele comme principal médiateur chargé de préparer ce dialogue, avec l’appui de l’ancien président guinéen Alpha Condé. Mais cette affirmation est toutefois infondée. À ce stade, aucune personnalité n’a été officiellement désignée pour assurer la médiation ou la facilitation de ce dialogue, et aucun rôle de cette nature n’a été attribué à qui que ce soit.

Plusieurs responsables religieux ont participé à cette rencontre avec le président de la République. Parmi eux figuraient Mgr André Bokundoa, président de l’Église du Christ au Congo (ECC), l’archevêque Ejiba Yamapia, président de la Plateforme des Églises de Réveil du Congo (ERC), le cheikh Abdallah Mangala, représentant de la Communauté islamique, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), ainsi que le pasteur Éric Senga, porte-parole de l’ECC.

Selon plusieurs sources concordantes, Fortunat Biselele, ancien conseiller privé de Félix Tshisekedi, a également pris part à ces échanges (lien archivé ici). Elles indiquent, en outre, que l’ancien président guinéen Alpha Condé y a aussi participé (lien archivé ici).

Bien que les rôles de ces deux personnalités n’aient pas été précisés lors de ces échanges, certains internautes leur attribuent déjà des fonctions bien plus importantes.

#RDC: Écarté du cœur du pouvoir après son incarcération en 2023 (AI du 26/08/25), Bifort (Fortunat Biselele ndlr…) n'a jamais coupé les ponts avec Félix Tshisekedi, avec qui il échange régulièrement. Le président lui a depuis confié le rôle d'intermédiaire clé dans l'organisation du dialogue national. Il est secondé de manière inattendue par Alpha Condé, le président guinéen déchu, qui s'investit de plus en plus dans le dossier congolais. Ces dernières semaines, il a effectué de fréquents séjours à Kinshasa pour échanger avec des responsables politiques et religieux. [ AF INTE]”, affirme ce compte X (lien archivé ici). 

À moins de 24 heures, ce post a cumulé plus de 44 000 vues et 219 commentaires. La même affirmation a été également partagée par cet internaute sur X (lien archivé ici).   

 

Capture d’écran de la publication faisant l’objet de notre enquête 

Aucun médiateur n’a, à ce jour, été officiellement désigné

Aucune preuve ne confirme que le président Félix Tshisekedi a nommé ou désigné Fortunat Biselele comme intermédiaire du dialogue national. Des recherches effectuées à l’aide de mots-clés sur Google n’ont permis de trouver aucun élément crédible corroborant cette affirmation. Aucun média fiable n’a, par ailleurs, rapporté une telle nomination.

Nous avons consulté les comptes X du ministère de la Communication et Médias de la RDC, de la Présidence de la République ainsi que de la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama. Aucune publication en lien avec cette information n’y a été retrouvée.

Dans un article publié le 20 juillet 2026, Jeune Afrique indiquait toutefois que Fortunat Biselele avait été chargé, quelques jours auparavant, par Félix Tshisekedi d’établir le contact avec les responsables des confessions religieuses (lien archivé ici).

S’agissant de l’ancien président guinéen Alpha Condé, RFI rapportait qu’il était impliqué dans ce dossier depuis le début du mois de juillet (lien archivé ici). Selon le média, il s’était rendu à Brazzaville aux côtés de Félix Tshisekedi avant de rencontrer, quelques jours plus tard, le cardinal Fridolin Ambongo. Il aurait ainsi facilité les échanges entre la présidence congolaise et les confessions religieuses.

Les rôles exacts de Fortunat Biselele et d’Alpha Condé dans la suite du processus du dialogue national restent, à ce stade, encore à clarifier.

« Les nominations se feront par voie officielle »

À la suite de l’annonce officielle de la tenue du dialogue national inclusif en RDC, les acteurs politiques de l’opposition ainsi que les confessions religieuses restent dans l’attente de l’ordonnance présidentielle qui doit officiellement lancer les préparatifs de ces assises. Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, l’a rappelé lors d’un briefing de presse tenu le 17 juillet 2026 (lien archivé ici).

Contactée par Lokuta Mabe, Tina Salama, porte-parole du président Félix Tshisekedi, a indiqué que « les nominations se feront par voie officielle », en précisant qu’elles interviendront par ordonnance présidentielle.

La cour constitutionnelle valide la loi sur le référendum 

Le 28 juillet 2026, la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo a déclaré conforme à la Constitution, la nouvelle loi fixant les conditions d'organisation du référendum (lien archivé ici). La haute cour a toutefois émis des réserves sur plusieurs articles controversés, dont un permettant au président de demander un référendum sur toute question d'importance jugée "fondamentale".

En déclarant conforme la proposition de loi sur le référendum, la cour constitutionnelle laisse la possibilité au président Félix Tshisekedi de la promulguer. De leur côté, les opposants estiment que cette décision pourrait favoriser un nouveau mandat du chef de l’État.

La Coalition C64 rejette l’arrêt de la Cour constitutionnelle

La Coalition Article 64 (C64) a dénoncé l’arrêt de la Cour constitutionnelle déclarant conforme à la Constitution la loi portant organisation du référendum (lien archivé ici). Dans un communiqué publié le 29 juillet 2026, elle qualifie cette décision de « nulle et non avenue », estimant que la Cour manque d’indépendance. La coalition accuse également le pouvoir de chercher à remettre en cause l’ordre constitutionnel et affirme que cette décision pourrait ouvrir la voie à une révision de la Constitution et à un troisième mandat présidentiel.

La C64 appelle les Congolais à rester mobilisés pour défendre la Constitution et annonce la poursuite de ses actions à partir du 15 août 2026. Elle réaffirme que nul n’est au-dessus de la Constitution et insiste sur le respect de la souveraineté du peuple, tout en dénonçant toute tentative de modification de l’ordre constitutionnel ou de personnalisation des institutions. 

James Mutuba