Dans une déclaration publiée le 20 juin dernier, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s'oppose fermement à toute modification de la constitution en RDC. Cette décision a été prise à l’issue d'une table ronde tenue à Kinshasa durant trois jours. Les évêques estiment qu’il n’existe ni nécessité, ni urgence, ni opportunité justifiant une telle démarche. Selon eux, toute tentative de toucher aux articles verrouillés de la loi fondamentale pourrait exposer le pays à de graves risques, notamment celui de la balkanisation. Dans ce contexte, une lettre circulant sur les réseaux sociaux et attribuée à tort à la Commission des jeunes catholiques de la RDC prétend soutenir une révision de la Constitution, en contradiction avec la position officielle de la CENCO. Mais ce document est faux : il ne provient pas de cette structure. Plusieurs incohérences et éléments visuels permettent d’en démontrer le caractère non authentique.
« En contradiction de la position de la CENCO, la Commission des jeunes catholiques de la RDC dit oui au changement de la Constitution », affirme cette publication mise en ligne le 20 juin 2026 sur X (lien archivé ici). Celle-ci cumule à ce jour plus de 36 000 vues, 283 likes, 477 commentaires et 123 reposts. Le compte à l’origine de cette publication est suivi par plus de 104 000 abonnés.
Dans ce document, ses signataires, qui se présentent comme de jeunes catholiques de la République démocratique du Congo, réunis au sein de leur commission, affirment s’exprimer avec respect, mais également avec fermeté. Ils soutiennent que la position de la CENCO opposée à une révision de la Constitution ne reflète pas l’avis de l’ensemble de l’Église catholique.
Selon eux, cette prise de position aurait été influencée par des intérêts particuliers ainsi que par diverses pressions. Ils estiment, en outre, que la déclaration de la CENCO porte atteinte à la liberté de conscience des fidèles catholiques et fait un usage politique du nom de l’Église.
Les auteurs du texte se déclarent favorables à une réforme constitutionnelle, qu’ils considèrent comme nécessaire pour bâtir une République plus juste et davantage en phase avec les aspirations de la population congolaise. Ils avancent également qu’un refus du chef de l’État de soutenir ce projet pourrait être interprété comme un désaveu de la volonté populaire.
Enfin, ils appellent la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à organiser un référendum afin de permettre aux citoyens de se prononcer sur la question, tout en réaffirmant leur attachement à la justice, à la démocratie et à la dignité du peuple congolais.

Capture d’écran de la publication faisant l’objet de notre enquête
Ce document a été largement relayé par plusieurs comptes sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et X. Des publications le reprenant peuvent être consultées ici, ici, ici, ici, ici ou encore ici. Ensemble, elles totalisent plusieurs centaines de partages, de mentions “J’aime” et d’interactions.
Ce document est un faux
Pour vérifier l’authenticité de ce document, nous l’avons examiné en détail. Cette analyse révèle plusieurs incohérences qui remettent sérieusement en cause sa crédibilité.
La première concerne la date. Le document porte la date du 31 mai 2025, alors qu’il est présenté sur les réseaux sociaux comme ayant été publié en réaction à une déclaration de la CENCO datée du 20 juin 2026. Cette contradiction chronologique constitue déjà un indice majeur de falsification.

Le faux document attribué aux jeunes catholiques
Nous avons également vérifié le logo figurant sur le document. Celui-ci ne correspond à aucune identité visuelle officielle des structures de jeunesse de l’Église catholique en RDC. Plus fondamentalement, l’Église catholique ne dispose pas d’une structure nationale dénommée « Commission des Jeunes catholiques de la République Démocratique du Congo ».
L’encadrement pastoral des jeunes est plutôt assuré par les Commissions diocésaines des jeunes (CDJ) ou les aumôneries des jeunes, organisées au niveau des diocèses. En République démocratique du Congo, l’Église est structurée autour de six provinces ecclésiastiques dirigées par les archidiocèses de Kinshasa, Bukavu, Kananga, Kisangani, Lubumbashi et Mbandaka-Bikoro, chacun disposant de ses propres structures de pastorale des jeunes.
Ces éléments constituent autant d’indices montrant que le document relayé sur les réseaux sociaux ne provient pas d’une instance officielle de l’Église catholique en RDC.

Exemple du logo de la commission diocésaine des jeunes de l’archidiocèse de Kinshasa
Un autre élément ayant retenu notre attention est le numéro de référence figurant sur le document : « N/Réf. : CJC/RDC/COM/0525/001 ». Afin d’en vérifier l’authenticité, nous avons contacté M. Béni Vudisa, membre de la coordination diocésaine des jeunes de l’archidiocèse de Kinshasa. Celui-ci a d’emblée affirmé que le document était falsifié et que son contenu était également mensonger. Il a ensuite précisé que ce numéro de référence ne correspond à aucun système officiel de la structure et qu’il aurait été inventé par les auteurs du faux document. « Un numéro de référence émis par une telle institution devrait également faire mention de la CENCO », a-t-il expliqué.
Au bas du document figure l’adresse internet http://www.cjc-rdc.org/. Nous avons tenté à plusieurs reprises d’accéder à ce site, mais nos démarches sont restées infructueuses.

Capture d’écran montrant l’échec de l’accès au site internet indiqué sur le document vérifié
Concernant l’adresse physique mentionnée sur le document, M. Béni Vudisa a précisé que « le siège de toutes les commissions catholiques diocésaines de Kinshasa se trouve à l’archevêché, au Centre Lindonge, tandis que celui de toutes les commissions nationales est situé au Centre interdiocésain ».
Il a également affirmé ne reconnaître aucun des signataires figurant sur ce document. Une déclaration corroborée par M. Gatien Mulumba, membre de l’aumônerie diocésaine des jeunes de l’archidiocèse de Kinshasa, que nous avons également contacté via WhatsApp.

Faux document attribué à la jeunesse catholique
Nous avons également comparé la mise en forme de ce faux document avec celle d’un document authentique émis par la Commission diocésaine des jeunes de Kinshasa. Cette comparaison révèle que le modèle utilisé ne correspond en rien à celui du document attribué à la jeunesse catholique.

Modèle de lettre authentique de la commission diocésaine des jeunes
Contacté via WhatsApp le 21 juin 2026, le détenteur du numéro figurant au bas de ce faux document a affirmé à Lokuta Mabe que la lettre avait été signée à l’issue d’une réunion tenue à Kinshasa le 20 juin. Interrogé sur l’incohérence liée à la date, il a soutenu que celle-ci aurait été modifiée par ordinateur par d’autres personnes. Il s’était également engagé à nous transmettre la version originale du document comportant la date correcte, mais ne l’a toujours pas fait à ce jour.
Toutefois, plusieurs éléments remettent en cause cette version. Alors qu’il affirme avoir participé à une réunion organisée au siège national de la structure à Kinshasa juste après la déclaration de la CENCO, la localisation en direct de son numéro indiquait qu’il se trouvait à San Francisco, aux États-Unis, au moment de nos échanges. Cette contradiction soulève de sérieuses interrogations et renforce les soupçons d’une manipulation organisée autour de ce document.

Capture d’écran de la localisation à partir de WhatsApp du numéro contacté
Ce document est probablement généré par IA
Nous avons, par ailleurs, analysé ce document avec l'outil de détection de manipulation par intelligence artificielle du logiciel Fake image detector. Les résultats obtenus affirment à 74% que cette image a été générée ou modifiée par ordinateur.

Capture d’écran du résultat de Fake image detector
Par ailleurs, l’outil undetectable indique que ce document ne possède que 12% du réel.

Capture d’écran du résultat de Undetectable
La CENCO hausse le ton
Dans leur déclaration, la CENCO estime que le débat autour d’un éventuel changement de la Constitution se déroule dans un contexte marqué par des tensions, la peur, des pressions et des restrictions des voix discordantes (lien archivé ici). Elle considère cette situation comme susceptible de fragiliser les fondements du pacte républicain.
Les évêques critiquent également la loi sur le référendum récemment adoptée par le parlement. Pour eux, elle a été votée sous prétexte de combler un vide juridique.
Face à cette situation, l'épiscopat lance quatre appels majeurs :
Au Président de la République : Il est sommé de respecter son serment constitutionnel de 2006. La CENCO rappelle strictement la règle d'or : le mandat présidentiel est de 5 ans, renouvelable une seule fois. Un président ayant épuisé ses deux mandats ne peut, sous aucun prétexte, en briguer un troisième.
À la Population et aux Églises : La CENCO appelle à un éveil des consciences. Elle exhorte les fidèles et les citoyens à la vigilance et à la résistance, par des moyens légaux et pacifiques, face aux manipulations visant à toucher aux articles verrouillés.
À la Communauté Internationale : Elle demande le respect strict de la Constitution congolaise et des accords de paix.
En guise de solution pour l'avenir, l'Église réitère sa confiance dans le « Pacte social pour la paix » (porté avec l'ECC) afin de garantir la cohésion nationale et la tenue d'élections dans les délais constitutionnels.
Les responsables évangéliques plaident pour une nouvelle Constitution
Dans une déclaration signée le mercredi 24 juin à Kinshasa, plusieurs leaders et représentants légaux du mouvement évangélique ont exprimé leur soutien à une révision de la Constitution du 18 février 2006 (lien archivé ici). Ils fondent leur position sur trois principaux arguments : l’opportunité, l’urgence et la nécessité d’un tel changement.
D'après eux, le texte actuellement en vigueur est celui des belligérants, élaboré sous influence étrangère. Ils exhortent ainsi le président Félix Tshisekedi à promulguer sans attendre la loi référendaire déjà adoptée par les deux chambres du Parlement.
Le document porte les signatures d’Ejiba Yamapia Evariste, Jean Bosco Kindomba, Lhouva Ekaola Iseifoli, Godé Mpoy, Musiteki Florent et Albert Kankienza Muana Mboo.
Cette prise de position tranche avec celle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et illustre les divergences croissantes au sein des confessions religieuses congolaises sur la question de la révision constitutionnelle.
James Mutuba