Epidémie d'Ebola

Epidémie d'Ebola


Ce qui circule : pendant l’épidémie d’Ebola, des témoignages recueillis par le dispositif de surveillance infodémique ont accusé les équipes de décontamination de propager le virus. Les documents consultés et les enqu$etes menées n’apportent aucune preuve de cette accusation. Ils montrent au contraire que la décontamination fait partie des activités de prévention et de contrôle de l’infection. Mais un rapport du 1er octobre plus récent documente aussi des résistances communautaires qui empêchent certaines opérations d’être réalisées. Une intervention destinée à réduire le risque de contamination peut donc être perçue, par certains, comme une menace. Pourquoi ? 

Une rumeur classée parmi les priorités 

Entre le 1er et le 8 août 2026, parmi les rumeurs considérées comme prioritaires figure celle mettant en cause les équipes de décontamination. Les équipes de la riposte recensent plusieurs autres récits concernant les CTE, les traitements, les vaccins et l’existence même d’Ebola. 

Que fait réellement la riposte ? 

Les rapports de situation permettent de voir concrètement ce que recouvre la décontamination. Le 1er octobre, en Ituri, les équipes rapportent avoir décontaminé 37 ménages sur 38 ciblés et 5 structures de santé sur 5. Dans le Haut-Uélé, 9 ménages sur 9 et 2 structures de santé sur 2 ont été décontaminés. Dans la Tshopo, le bilan cumulé indique que 27 des 31 ménages ayant accueilli un cas confirmé ont été décontaminés dans les 48 heures. Trente-six structures de santé sur 36 l’avaient également été. En clair, la décontamination intervient notamment dans des ménages ayant accueilli des cas et dans des structures de santé. Un bulletin antérieur la classe d’ailleurs dans les activités de prévention et contrôle de l’infection, avec une recommandation de rétablir à Bunia l’approvisionnement en chlore et la capacité de décontamination. Les rapports consultés ne décrivent cependant pas suffisamment le protocole technique pour préciser les produits, concentrations et procédures utilisés dans chaque situation. Ces éléments restent à documenter. 

Et parfois, la décontamination ne peut pas être réalisée 

Au Nord-Kivu, seulement 10 ménages sur 24, soit 41,7 %, avaient été décontaminés. Le rapport consulté attribue cette faible couverture à des « résistances communautaires », mais également au manque d’équipes et de moyens de mobilité. 

Pourquoi cette intervention peut-elle faire peur ? 

Les équipes de la ripostent montrent que la rumeur apparaît dans un environnement où la confiance envers la riposte est déjà fragile. Le bulletin du 1er au 8 août relève une défiance persistante envers les CTE, les équipes et certaines pratiques. Les questions recueillies portent notamment sur les soins, l’isolement, les visites, l’hygiène, mais aussi sur les modes de transmission d’Ebola. Cela invite à poser une question de terrain : qu’a-t-on expliqué à une famille avant qu’une équipe intervienne pour décontaminer son logement ? 

Méfiance ne signifie pas rejet de la prévention 

Un autre élément évite de caricaturer les communautés. Du 1er au 8 août, 44 des 111 appels concernant Ebola, soit 40 %, portaient sur la prévention. Les communautés demandaient notamment de l’eau, du savon et des dispositifs de lavage des mains. On peut donc demander davantage de protection tout en ayant des interrogations ou des craintes sur certaines pratiques de la riposte. Que recommande la riposte ? L’équipe de la riposte infodémique recommande d’abord de vérifier et de « lever le doute » sur les rumeurs concernant la décontamination. Il préconise aussi des dialogues avec les familles, les tradipraticiens, les leaders religieux, les personnels des CTE et les personnes guéries, ainsi que des émissions de questions-réponses en langues locales. Cette réponse dépasse le simple démenti. Lorsqu’une intervention est mal comprise, dire qu’une affirmation est fausse ne répond pas nécessairement aux questions qui l’ont rendue crédible. Que va faire l’équipe ? Où ? Pourquoi ? Avec quels produits ? Que peut observer la famille ? Ce sont aussi des questions d’information sanitaire. 

À vrai dire 

Des témoignages recueillis pendant l’épidémie ont accusé les équipes de décontamination de propager Ebola. Les documents consultés n’apportent aucune preuve étayant cette accusation. Ils montrent au contraire que la décontamination est intégrée aux activités de prévention et de contrôle de l’infection. Au 1er octobre, des dizaines de ménages et de structures de santé avaient fait l’objet de ces opérations dans plusieurs provinces. Ils montrent aussi une difficulté réelle : au Nord-Kivu, des résistances communautaires, combinées au manque d’équipes et de mobilité, ont limité certaines opérations de décontamination. La réponse ne peut donc pas se limiter à : « cette rumeur est fausse ». Elle doit aussi rendre l’intervention compréhensible : expliquer ce qui est fait, pourquoi, avec quoi et dans quelles conditions. Quand une mesure destinée à protéger est perçue comme une menace, corriger la rumeur est nécessaire. Comprendre la méfiance l’est aussi. 

Les récits d’Ebola, épisode 9 | Lokuta Mabe