La prise de Goma en janvier 2025 a marqué une intensification de la désinformation dans l’est de la RDC, dans un contexte de conflit où les récits concurrents compliquent l’accès à une information fiable, selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF) consulté sous embargo.
Le rapport souligne que gouvernement congolais et groupes armés diffusent des informations issues du terrain avec des objectifs stratégiques, parfois en retardant leur publication ou en mettant en avant des éléments favorables à leurs positions.
RSF évoque notamment des contenus trompeurs diffusés autour de la chute de localités comme Sake (Nord-Kivu) ou Uvira (Sud-Kivu) fin 2025. Ces informations, parfois relayées par des journalistes proches de certaines parties au conflit, contribuent à amplifier les narratifs en circulation.
Le mouvement du 23 mars (M23) est également cité pour son recours à des stratégies de communication visant à soutenir son discours, notamment en mettant en avant certaines thématiques, comme la marginalisation des Tutsis. Des images sorties de leur contexte ou issues d’autres pays sont parfois utilisées pour illustrer ces récits.
Le rapport met en avant l’usage croissant de contenus manipulés, y compris des « deepfakes ». En mars 2025, une vidéo de 47 secondes diffusée sur le réseau social X a ainsi présenté une voix attribuée au président américain semblant approuver Corneille Nangaa, dirigeant de l’AFC/M23. RSF précise qu’il s’agissait d’un contenu falsifié.
Le média international RFI a également été visé en avril 2025 par un faux journal utilisant les voix de ses journalistes, affirmant que le M23 avait déposé les armes dans l’est du pays. Cette vidéo a dépassé les 100.000 vues sur YouTube, selon le rapport.
Autre exemple, un enregistrement audio attribué à Magloire Paluku, ancien journaliste et membre de la cellule de communication du M23 assassiné en décembre 2025, a circulé sur les réseaux sociaux quelques jours après sa mort. Ce contenu, fabriqué de toutes pièces selon RSF, évoquait des tensions internes au groupe armé.
Ces fausses informations se diffusent massivement sur les réseaux sociaux et les messageries, notamment WhatsApp, Facebook et TikTok, contribuant à renforcer la polarisation. Leur propagation s’appuie souvent sur l’usage des langues locales, comme le lingala, le swahili ou le kinyarwanda.
Dans ce contexte, RSF souligne que les journalistes peinent à accéder à des sources fiables et à vérifier les informations, en raison des restrictions d’accès au terrain et des pressions exercées sur le traitement médiatique du conflit.