Ibalanky

LokutaMabe


Le mouvement politico-militaire AFC/M23 a transmis à Mohammed Bin Abdel Aziz Al Khulaifi, ministre d’Etat et ministre des affaires étrangères du Qatar, la liste de 12 membres composant sa délégation pour le neuvième round de négociations en Suisse avec le gouvernement congolais, dans le cadre du processus de Doha. Parmi ces noms figure celui de Claude Ibalanky Ekolomba, ancien ambassadeur itinérant du président Félix Tshisekedi. Dans ce contexte, une publication diffusée le 14 avril 2026 sur le réseau social X affirme que Kinshasa s’opposerait à sa participation.

Selon cet internaute, la partie congolaise soupçonnerait Claude Ibalanky de détenir des informations sensibles sur les stratégies du régime en place, ce qui pourrait, toujours d’après cette publication, déséquilibrer les discussions entre les deux parties. Après vérification, il ressort que Kinshasa ne s’opposait pas uniquement à la présence de Claude Ibalanky, mais à la participation de l’ensemble des experts délégués par l’AFC/M23.

Cette publication est accompagnée d’une photo sur laquelle apparaissent, à gauche, Corneille Nangaa, coordinateur de l’AFC/M23, vêtu d’une chemise à motifs et tenant une canne. À droite de la photo, nous pouvons apercevoir Claude Ibalanky, en costume sombre avec cravate et beret noir, tandis qu’au centre se tient Bertrand Bisimua, habillé d’une chemise noire et portant des lunettes. Les trois hommes semblent échanger dans un salon privé (lien archivé ici).  

Au 15 avril 2026, cette publication a obtenu plus de 19 000 vues, 233 mentions “j’aime”, 46 commentaires et 32 partages. Le compte à l’origine du post compte plus de 44 000 abonnés. Plusieurs autres comptes sur les réseaux sociaux ont relayé cette information. Dans une publication similaire sur ce compte X, elle a cumulé plus de 44.000 vues, 246 likes, 125 commentaires et 65 partages (lien archivé ici).

« KINSHASA s'oppose à la présence de Claude IBALANKY @cibalanky dans la délégation de l'AFC/M23 aux pourparlers de SUISSE, la partie gouvernementale le soupçonne d'avoir plus d'informations sur les stratégies du régime de TSHISEKEDI qui risqueront de déséquilibrer les discussions »

Capture d’écran de la publication faisant objet de notre recherche

Ce que nous savons de l’opposition de Kinshasa 

Une recherche par mots-clés effectuée sur Google n’a pas permis de retrouver de sources médiatiques crédibles évoquant une prétendue opposition de Kinshasa à la participation de Claude Ibalanky au sein de la délégation de l’AFC/M23, dans le cadre de la reprise des négociations du processus de Doha en Suisse. Aucun média fiable n’a, à ce stade, confirmé une telle information.

En revanche, selon nos sources proches du dossier, la République démocratique du Congo aurait exprimé, dès le début de la reprise des pourparlers en Suisse, des réserves concernant la participation de l’ensemble des experts composant la délégation de l’AFC/M23. Cette opposition ne visait donc pas uniquement Claude Ibalanky.

Ces mêmes sources précisent que le motif de ce refus ne serait pas lié à un supposé déséquilibre que pourrait entraîner la présence de certains profils au sein des discussions, ni à leur niveau d’information sur le régime en place, mais plutôt à un désaccord sur les modalités de composition de la délégation.

Toujours selon nos informations, Kinshasa aurait contesté le fait que la composition de cette délégation n’aurait pas été préalablement concertée ou notifiée dans le cadre du processus de négociation.

De son côté, RFI rapporte que la reprise des discussions entre la RDC et l’AFC/M23 a été marquée dès son ouverture par plusieurs points de friction, notamment la validation des mandats des participants (lien archivé ici). Ce point est jugé sensible par la radio du monde, qui indique « qu’il n’a pas été facile de faire accepter l’ensemble des membres de la délégation dans les travaux ».

Un autre point de tension, toujours selon RFI, concernait l’ordre du jour des négociations, contesté par certains participants qui souhaitaient davantage être associés à sa définition.

Reprise des négociations en Suisse entre la RDC et l’AFC/M23

Les négociations entre le Gouvernement congolais et la délégation de l’AFC/M23 ont repris le lundi 13 avril 2026 en Suisse, à Genève, où les travaux ont été délocalisés en raison de la guerre au Moyen-Orient. À l’ordre du jour figurait notamment la relance des discussions directes entre les deux parties et l’évaluation de la mise en œuvre de deux protocoles déjà signés, à savoir le mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu et le mécanisme de libération des prisonniers.  

Selon les informations de Radio Okapi, la délégation de l’AFC/M23, constituée de plusieurs hauts cadres du mouvement, est conduite par René Abandi, négociateur principal et secrétaire permanent de la rébellion. Du côté du gouvernement congolais, les discussions sont menées par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du chef de l’État (lien archivé ici). La même source précise que les États-Unis interviennent en tant que facilitateurs, tandis que la MONUSCO prend part à cette nouvelle phase des pourparlers en qualité d’observateur.

6 experts et 6 négociateurs dans la délégation de l’AFC/M23

Le mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo/M23 a désigné une délégation composée de 12 membres pour participer à la reprise des négociations avec le gouvernement congolais, dans le cadre du neuvième round du processus de Doha (lien archivé ici). 

Cette équipe comprend 6 négociateurs et 6 experts. Parmi les négociateurs figurent Benjamin Mbonimpa, René Abandi, Jean-Paul Shaka, Jean-Pierre Alumba Omokoko, Donat Muganza et Fred Kagorora (lien archivé ici).

La liste des experts est composée de Justine Mbabazi Rukeba, Cédric Fiema Pundu Yange, Chantal Murekatete Kayitaba, Claude Ibalanky Ekolomba, Franck Mwe Di Malila Apenela et Jean-Félix Mupande Kapwa.

Signature d’un mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu 

Le 15 avril, les deux parties ont conclu un nouveau mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Attendu depuis plusieurs semaines, ce dispositif associe désormais les deux parties au conflit dans la vérification des violations sur le terrain (lien archive ici). Il s’inscrit dans la continuité de l’accord signé à Doha le 14 octobre 2025, ainsi que des termes de référence adoptés le 2 février 2026.

Le mécanisme est principalement piloté par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

Un mémorandum a été signé en vue de mettre en place ce dispositif conjoint, élargi aux parties belligérantes ainsi qu’aux observateurs. Concrètement, il réunira trois officiers du gouvernement congolais et trois représentants de l’AFC/M23, avec l’appui de la MONUSCO. Leur mission sera de suivre l’évolution de la situation sécuritaire et humanitaire, et de vérifier les violations du cessez-le-feu, notamment les attaques de drones.

Qui est Claude Ibalanky 

Claude Ibalanky Ekolomba a été coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS), un dispositif chargé du suivi des engagements régionaux en matière de paix et de sécurité dans l’est de la RDC.

Le 23 mai 2023, il avait été nommé ambassadeur itinérant du président de la République par ordonnance présidentielle, une fonction rattachée à la Présidence (lien archivé ici). 

Le 12 juin 2023, il a lancé le regroupement politique Réveil Populaire (REPOP), créé dans le cadre des élections générales de décembre 2023 et affichant son soutien à un second mandat de Félix Tshisekedi (lien archivé ici). 

Le 19 janvier 2024, ce regroupement a contesté les résultats des élections législatives publiés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) (lien archivé ici). 

Résumé 

L’information selon laquelle Kinshasa se serait opposée de la présence de Claude Ibalanky dans la délégation de l’AFC/M23 pour la reprise des négociations du processus de Doha à Genève est fausse.  

Faux

James Mutuba