Lokuta Mabe a pris part, aux côtés d’autres initiatives de fact-checking en République démocratique du Congo, au premier sommet Eleza Fact, placé sous le thème : « Repenser l’information en temps de crise, l’intelligence artificielle et l’éducation numérique pour les 5 prochaines années ». Les échanges ont eu lieu à Kinshasa, du 30 au 31 mars.
Dans un écosystème informationnel marqué par la prolifération des rumeurs et des discours de haine, notamment dans les zones de conflit, les méthodes traditionnelles de fact-checking atteignent parfois leurs limites. L’Afrique Centrale fait face à des défis uniques : une diversité linguistique immense (langues locales peu prises en charge par les algorithmes globaux), un accès à internet onéreux et des zones de silence numérique.
Dans ce contexte, le panel auquel Lokuta Mabe a participé visait à mettre en valeur les initiatives locales de vérification adaptées aux contextes linguistiques, et présenter des technologies low-cost de détection des fausses informations en Afrique centrale.
Japhet Toko, coordonnateur éditorial, a expliqué comment Lokuta Mabe adapte ses processus de vérification pour qu'ils soient aussi rapides et viraux que les rumeurs qu'ils combattent, tout en restant accessibles aux citoyens.
« Il ne faut pas se contenter d’un démenti isolé, mais diversifier les formats (texte, visuel, audio, vidéo) et les diffuser là où la rumeur circule, afin que la vérité devienne aussi virale que le mensonge », a-t-il fait savoir, soulignant qu’une rumeur « est virale par nature ; la vérité doit l’être par stratégie ». Ainsi donc, « diversifier les formats et conquérir les mêmes canaux, c’est quasiment donner à la réponse la même vitesse que la rumeur ».

En matière d’innovation locale, Lokuta Mabe a présenté plusieurs mécanismes spécifiques pour identifier les fausses informations circulant dans les langues locales. Parmi eux :
• L’implication des communautés locales dans la collecte des rumeurs, notamment celles qui circulent hors ligne.
• La cartographie des plateformes numériques (Facebook, X, TikTok, WhatsApp) afin de repérer les espaces où naissent les fausses informations.
• Le lancement d’un chatbot sur Messenger, permettant aux citoyens d’envoyer directement des contenus douteux et de recevoir une vérification rapide, outil qui permet de capter certaines rumeurs avant qu’elles ne deviennent virales.
« L’innovation en Afrique, c’est inventer des mécanismes adaptés à nos réalités », a soutenu Japhet Toko, soulignant l’importance d’ancrer la lutte contre la désinformation dans les contextes locaux.
Le premier sommet Eleza Fact a réuni chercheurs, journalistes, responsables institutionnels, acteurs de la société civile ou encore des étudiants.