Lokuta Mabe

Lokuta Mabe


Depuis le 15 mai 2026, la République démocratique du Congo est confrontée à une nouvelle flambée de la maladie à virus Ebola, provoquée par la souche Bundibugyo, dans l’est du pays. Depuis l’apparition de ce foyer, le nombre de cas et de décès continue d’augmenter. Parallèlement, de nombreuses fausses informations circulent, et alimentent la confusion et l’inquiétude au sein de la population. Dans ce contexte, une fausse information circule depuis le 25 juin 2026, affirmant que dix nouveaux cas ont été identifiés à Kinshasa. Mais c’est faux : à ce jour, aucun nouveau cas ou nouvelle contamination n’a été confirmée par les autorités dans la capitale congolaise. 

« URGENT | Ebola : 10 cas  identifiés à Kinshasa », affirme cette publication sur X (lien archivé ici) ayant enregistré plus de 11 000 vues au 26 juin 2026. 

Capture d’écran de la publication faisant l’objet de notre article

Ce compte, dénommé Mamy Kazadi, présente plusieurs caractéristiques qui laissent penser qu’il s’agit d’un compte troll. Sa photo de profil représente une version fortement retouchée du visage du ministre congolais de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya Katembwe. L’image montre un front exagérément plissé, des yeux asymétriques, un nez élargi et une bouche déformée en une moue très prononcée.

La personne porte également deux boucles d’oreilles sur lesquelles figurent les inscriptions « Père » (à gauche) et « Fils » (à droite), une allusion apparente à l’expression utilisée à plusieurs reprises par le ministre pour qualifier le Rwanda de « père » et le M23 de « fils ». L’ensemble de ces éléments donne l’impression d’un photomontage à visée humoristique ou satirique, conçu pour caricaturer le ministre.

Ce type de modification est fréquent sur les réseaux sociaux, notamment sur des comptes trolls. Dans leur ouvrage Anti-fake news : le livre indispensable pour démêler le vrai du faux, publié chez First à Paris, Thomas Huchon et Jean-Bernard Schmidt définissent les comptes trolls comme des comptes souvent anonymes ou dissimulés derrière de faux profils, créés dans le but de diffuser des contenus nuisibles, de harceler des individus ou d’alimenter de manière systématique les polémiques en ligne (lien archivé ici).

Cette information est fausse 

L’auteur de cette publication trompeuse cherche à lui donner une apparence de crédibilité en reprenant le visuel utilisé par Radio France Internationale (RFI) pour ses annonces de breaking news.

Image de RFI pour annoncer les breakings news 

Pour vérifier cette affirmation, nous avons consulté le site internet de RFI, notamment la rubrique consacrée à la République démocratique du Congo, ainsi que les différents canaux de communication et comptes officiels du média sur les réseaux sociaux (XFacebookWhatsApp et Bleusky). Aucune publication, aucun article, ni aucune alerte ne fait état de cette prétendue information.

Nous avons ensuite contacté, via WhatsApp, Paulina Zidi, correspondante permanente de RFI à Kinshasa. Elle a confirmé qu’il s’agissait d’une fausse information. « C’est une fake qui circule sur des comptes basés au Rwanda (…) », a-t-elle déclaré à Lokuta Mabe. 

Par ailleurs, nous avons également consulté les comptes X du ministère de la santé de la RDC, du ministère de la communication et médias, de l’OMS, ou encore de l’Africa CDC. Aucun n’a relayé ou confirmé cette prétendue information.

Un premier cas d’Ebola en France 

Le 24 juin 2026, le ministère français de la Santé a annoncé l’identification d’un premier cas positif de maladie à virus Ebola. Il s’agit d’un médecin humanitaire de retour de mission en République Démocratique du Congo (lien archivé ici).

Le patient a voyagé sur un vol d'Air France. Dans la soirée, la ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé dans le Journal télévisé de 20h sur France 2 que cinq personnes qui étaient dans l'avion avec le médecin étaient considérées comme possibles cas contacts et avaient été placées à l'isolement (lien archivé ici).

« Sur le vol ramenant ce médecin humanitaire de République démocratique du Congo, il y a cinq personnes qui sont considérées comme éventuellement contacts et, par précaution, elles ont été identifiées et placées en isolement », a expliqué la ministre.

Elle a également précisé que le médecin ne présentait aucun symptôme lorsqu’il a embarqué à bord du vol arrivé à Paris le 23 juin. 

« Dès que nous avons été informés, nous avons immédiatement identifié les passagers qui se trouvaient à proximité de lui dans l’avion », a déclaré Stéphanie Rist, tout en se voulant rassurante : le médecin était « asymptomatique » pendant le vol. 

Le ministère avait indiqué plus tôt dans la journée que les personnes concernées devraient observer un isolement à domicile de 21 jours.

Kinshasa renforce sa riposte 

À la suite de l’annonce par les autorités françaises de la détection d’un cas confirmé de maladie à virus Ebola, le gouvernement congolais a renforcé les mesures de santé publique afin de prévenir toute propagation de la maladie (lien archivé ici).

Parmi ces dispositions figure l’instauration d’une période d’observation de 21 jours pour toute personne ayant séjourné dans une zone touchée par l’épidémie avant tout déplacement sur le territoire national ou à l’étranger.

Ainsi, toute personne en provenance d’une province affectée par la maladie à virus Ebola (MVE) ne pourra voyager à l’international qu’après avoir passé 21 jours en dehors de la zone touchée. Cette mesure s’accompagne d’un contrôle sanitaire renforcé aux points d’entrée du pays et de l’obligation de remplir un formulaire sanitaire pour les voyageurs empruntant des vols internationaux.

Le gouvernement prévoit également une surveillance sanitaire de 21 jours pour les cas contacts, les professionnels de santé et les membres des équipes de riposte revenant des zones affectées. Durant cette période, des restrictions temporaires de déplacement pourront leur être appliquées.

L’épidémie continue de devancer la riposte 

L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) continue de progresser plus rapidement que les efforts déployés pour la contenir, malgré d’importants progrès dans la prise en charge des patients et une mobilisation croissante des communautés.

En un peu plus d’un mois, le pays est passé de moins de 10 à plus de 500 lits d’hospitalisation répartis dans 19 centres de traitement (lien archivé ici). Les capacités de dépistage ont également connu une forte progression, passant d’une trentaine de tests quotidiens à Kinshasa à plus de 2 000 analyses par jour grâce à neuf laboratoires installés dans trois provinces.

Selon les dernières données officielles, 1 155 cas ont été enregistrés, dont 304 décès, soit un taux de létalité d’environ 26 %. Au total, 138 patients ont été déclarés guéris, tandis que 326 autres sont actuellement pris en charge (lien archivé ici).

Cette nouvelle vague de l’épidémie à virus Ebola est causée par la souche Bundibugyo, une variante rare pour laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin homologué ni traitement spécifique.

Face à cette situation, la RDC et l’Ouganda ont lancé un plan conjoint de riposte transfrontalière de 90 jours destiné à renforcer la surveillance, les capacités de laboratoire et la prise en charge des patients, en particulier dans la zone frontalière d’Aru.

James Mutuba