Plusieurs rumeurs autour de prochaines élections prévues en 2023 en République Démocratique du Congo (RDC) ont fait le tour de la toile au mois d’août dernier. De Facebook à whatsapp en passant par Twitter et bien d’autres plates-formes numériques, le débat sur les élections à venir a été au rendez-vous.
Ci-dessous, une première série de rumeurs, propagées le mois dernier, auxquelles Kinshasa New Lab, nouveau programme éditorial de Next Corp., société éditrice des médias numériques dont ACTUALITE.CD, DESKECO.COM et DESKNATURE.COM, se propose d’apporter une analyse contextuelle.
Rumeur 1 : Tout célibataire de plus de 30 ans ne va pas voter aux prochaines élections
Aucune loi sur les élections n’interdit aux citoyens célibataires de plus de 30 ans de ne pas voter aux prochaines élections. Le vote en République Démocratique du Congo est ouvert à tous les Congolais ayant 18 ans d’âge quel que soit son état civil.
La loi portant identification et enrôlement des électeurs stipule en son article 8 que l’inscription sur la liste des électeurs est soumise aux conditions suivantes : être de nationalité congolaise ; être âgé de 18 ans révolus à la date du dernier scrutin du cycle électoral ; se trouver sur le territoire de la République Démocratique du Congo au moment de l’identification et de l’enrôlement et jouir de ses droits civils et politiques.
La centrale électorale a déjà programmé le début de l’opération d’enrôlement des électeurs pour décembre 2022. Elle devra s’achever en mars 2023. Pour la toute première fois, l’enrôlement va également concerner la diaspora. Il y aura avant tout la phase pilote dont feront partie les congolais vivant en Belgique, en France, aux Etats Unis, au Canada et en Afrique du Sud.
Rumeur 2 : Après le mandat de Félix Tshisekedi, il n’y aura plus jamais d’élections en RDC, l’armée va prendre le pouvoir pour mettre fin à la guerre et restaurer l’économie. Les politiciens qui oseront s’opposer aux militaires seront pendus au stade de Martyrs.
Cette déclaration, déjà dépourvue des sources, n’a aucun fondement. Cependant, elle s’apparente plutôt à un souhait d’une partie de la population congolaise, qui pense que seul un régime issu et dirigé par l’armée serait en mesure de mettre fin à l’insécurité qui règne depuis belle lurette dans l’est de la RDC.
Toutefois, une telle issue s’avère improbable voire impossible au regard des dispositions de l’actuelle constitution de la RDC, promulguée le 18 février 2006. Avant cette année, comme l’histoire du pays le renseigne aussi bien, l’alternance au sommet de l’Etat a aussi souvent été faite au prix des violences (coup d’Etat).
Mais depuis, l’actuelle constitution de la RDC ne reconnaît que les élections comme unique et seul moyen d’accession à la magistrature suprême.
« Depuis son indépendance, le 30 juin 1960, la RDC est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des Institutions et de leurs animateurs. Cette contestation a pris un relief particulier avec les guerres qui ont déchiré le pays de 1996 à 2003. En vue de mettre fin à cette crise chronique de légitimité et de donner au pays toutes les chances de se reconstruire, les délégués de la classe politique et de la société civile, forces vives de la Nation, réunis en Dialogue inter congolais, ont convenu, dans l’Accord Global et Inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une nouvelle constitution démocratique sur base de laquelle le peuple congolais puisse choisir souverainement ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles », peut-on lire dans l’exposé de motifs de la constitution du 18 février 2006.
Son article 70 est aussi clair : « le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat, le président de la République reste en fonction jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu ». L’article 71, tel que modifié par l’article 1er de la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la constitution de la RDC) stipule, quant à lui, que « le président de la République est élu à la majorité simple des suffrages exprimés ».
Rumeur 3 : A cause de la guerre en Ukraine, la RDC ne va pas organiser les élections l’année prochaine
L’organisation des élections en RDC n’est pas liée à la guerre en Ukraine. Les matériels électoraux ne viennent ni de l’Ukraine ni de la Russie qui se combattent. Les kits d’enrôlement des électeurs proviendront de la Corée du sud qui est en Asie, loin des terrains en conflit.
La CENI continue d’affirmer sa ferme volonté d’organiser les élections dans le délai constitutionnel. « Le vocabulaire du glissement n’est pas dans notre jargon », avait insisté Denis Kadima, président de la CENI, en juillet 2022, au cours du cadre de concertation avec les partis politiques.
En parallèle, le gouvernement met également des moyens à la disposition de la CENI pour réaliser ses missions régaliennes. « À chaque rencontre que j’ai avec lui (Denis Kadima, ndlr), je pose toujours la même question que j’appelle maintenant question traditionnelle, c’est-à-dire est-ce que les élections seront organisées dans le délai ? Il m’a dit qu’il n’y aura aucun problème. Donc je n’ai pas de raisons de douter de lui. C’est lui l’expert, s’il le dit jusqu’ici, moi mon travail, c’est juste de veiller à ce que le ministre des Finances fasse le sien aussi en donnant les ressources nécessaires pour faire avancer le processus », a déclaré Félix Tshisekedi le 23 septembre dernier au cours d’une interview accordée à RFI et France 24.
Kinshasa News Lab