Epidémie d'Ebola

Epidémie d'Ebola


Verdict : trompeur. 

Des récits affirmant que la vaccination servirait à « injecter Ebola » circulent pendant la 17e épidémie en RDC. Les documents consultés et les enquêtes réalisées par Lokuta Mabe n’étayent pas cette affirmation. Ervebo, le vaccin utilisé dans la riposte, ne contient pas le virus Bundibugyo responsable de l’épidémie. Une autre question reste toutefois ouverte : son niveau de protection contre Bundibugyo n’est pas encore établi chez l’être humain. Cette incertitude sur son efficacité ne signifie pas que le vaccin transmet la maladie. « La vaccination servirait à injecter le virus. » 

Cette affirmation apparaît dans le bulletin d’analyse des tendances infodémiques couvrant la période du 17 au 23 août 2026. Le document la classe parmi les récits à traiter en priorité autour de la vaccination. Mais il relève aussi une interrogation différente : le vaccin disponible protégerait-il réellement contre le virus Bundibugyo ? Ces deux affirmations ne disent pas la même chose. La première présente la vaccination comme un moyen de transmettre Ebola. La seconde pose une question sur l’efficacité du vaccin contre le virus responsable de l’épidémie actuelle. 

Ervebo n’est pas une injection du virus Bundibugyo 

La 17e épidémie d’Ebola en RDC est causée par le virus Bundibugyo, ou BDBV. Le vaccin utilisé dans la riposte est Ervebo, également appelé rVSV-EBOV-GP. Dans ses orientations d’urgence publiées le 31 août, l’Organisation mondiale de la Santé le décrit comme un vaccin vivant recombinant utilisant comme vecteur le virus de la stomatite vésiculaire. Ce vecteur a été modifié pour présenter une glycoprotéine du virus Ebola de l’espèce EBOV, anciennement appelée Ebola Zaïre. Ervebo ne contient donc pas le virus Bundibugyo responsable de l’épidémie actuelle. Ervebo est préqualifié par l’OMS depuis 2019 pour prévenir la maladie à virus Ebola provoquée par EBOV chez les personnes âgées d’au moins un an. Il n’est en revanche pas encore homologué contre Bundibugyo. Son utilisation contre ce virus est donc considérée comme un usage hors indication. Cela ne signifie pas que le vaccin est utilisé sans encadrement. L’OMS a publié des recommandations spécifiques à son utilisation pendant cette épidémie et demande notamment qu’elle permette de produire les données scientifiques qui manquent encore. 

Ce qu’on ignore encore : son niveau de protection contre Bundibugyo 

EBOV et Bundibugyo peuvent provoquer des maladies similaires, mais il s’agit de deux espèces virales génétiquement et antigéniquement distinctes. Selon l’OMS, leurs glycoprotéines partagent environ 60 à 65 % d’identité dans leur séquence d’acides aminés. Cette différence est particulièrement importante puisque les vaccins disponibles ciblent cette glycoprotéine. Ervebo a démontré son efficacité contre EBOV. Mais l’OMS indique qu’au 31 août 2026, aucune donnée d’efficacité du vaccin contre Bundibugyo chez l’être humain n’avait encore été produite. Des travaux sur des animaux suggèrent une certaine protection, notamment contre la mortalité. Des études chez l’être humain montrent également que la vaccination produit des anticorps capables de réagir avec Bundibugyo. Ces réponses sont toutefois plus faibles que celles observées contre le virus pour lequel Ervebo a été développé. L’OMS conclut que les données disponibles restent insuffisantes pour déterminer si Ervebo offre une protection cliniquement significative contre l’infection par Bundibugyo, la maladie, ses formes graves ou le décès. Cette incertitude sur l’efficacité ne constitue pas une preuve que le vaccin transmet Ebola. 

Pourquoi utiliser alors Ervebo ? 

La situation pose un problème difficile aux autorités sanitaires : une épidémie de Bundibugyo est en cours, avec des décès, tandis qu’un vaccin spécifiquement homologué contre ce virus n’est pas encore disponible. Face à cette situation, l’OMS recommande que l’utilisation d’Ervebo contre Bundibugyo se fasse dans le cadre de protocoles de recherche. Elle considère qu’un essai randomisé de vaccination en anneau constitue le moyen le plus robuste de déterminer son efficacité contre Bundibugyo. L’organisation recommande également que les premières vaccinations concernent notamment les professionnels de santé et les travailleurs de première ligne dans les zones touchées, particulièrement exposés dans leur travail. Les contacts des cas et les contacts de contacts doivent, lorsque cela est possible, être prioritairement intégrés à l’essai en anneau. Surtout, l’OMS demande que les personnes concernées soient explicitement informées de ce que les scientifiques ignorent encore : l’efficacité d’Ervebo contre Bundibugyo n’est pas établie. La vaccination ne doit donc pas être présentée comme une protection démontrée contre l’épidémie actuelle. Elle ne doit pas non plus conduire à abandonner les autres mesures de prévention. 

La vaccination a déjà commencé en RDC

Dans la Tshopo, 2 006 personnes avaient été vaccinées sur 11 000 travailleurs et prestataires de première ligne ciblés, soit 18,2 %. Les rapports mentionnent 1 311 personnes vaccinées à Makiso-Kisangani, 301 à Kabondo, 287 à Mangobo, 89 dans la zone de santé de Tshopo et 18 à Lubunga. Les mêmes documents signalent cependant une insuffisance des doses : 4 500 avaient été reçues pour 11 000 demandées dans la Tshopo. En Ituri, épicentre de l’épidémie, les vaccinateurs étaient encore en formation au 10 septembre. Le début de la vaccination des personnels de première ligne était annoncé pour le 15 septembre à Bunia. Du vaccin qui « extermine » à celui qui « injecte Ebola » Du 1er au 8 août, le bulletin infodémique recensait déjà l’idée que le vaccin contre la polio serait en réalité un vaccin contre Ebola et que la vaccination servirait à « exterminer ». Du 17 au 23 août apparaissent l’accusation selon laquelle la vaccination servirait à « injecter le virus » et les interrogations sur la protection contre Bundibugyo. La semaine suivante, les questions recensées portent aussi sur les territoires prioritaires pour recevoir le vaccin. Ces récits ne doivent pas être confondus avec les interrogations légitimes des communautés. Demander pourquoi un territoire est vacciné avant un autre ou quelle protection offre un vaccin contre Bundibugyo n’équivaut pas à affirmer que les équipes de santé inoculent volontairement Ebola. 

Ce que dit le ministre de la Santé 

Dans un entretien consulté par Lokuta Mabe, le ministre de la Santé Roger Kamba explique que la stratégie doit notamment cibler les travailleurs de santé exposés et les contacts considérés comme les plus à risque. À propos du cas détecté au Sud-Ubangi en septembre, il affirme que les équipes dépêchées sur place sont parties avec des médicaments et plus de 300 doses de vaccin. Il indique également que les personnes les plus exposées doivent pouvoir être identifiées pour bénéficier des interventions prévues. 

Les documents consultés et les enquêtes réalisées par Lokuta Mabe n’étayent pas l’affirmation selon laquelle la vaccination servirait à injecter le virus Bundibugyo. Ervebo ne contient pas le virus responsable de l’épidémie actuelle. Une incertitude demeure cependant : on ne sait pas encore dans quelle mesure Ervebo protège les humains contre Bundibugyo. C’est précisément pour obtenir cette réponse que l’OMS recommande son évaluation dans des protocoles de recherche. Cette incertitude ne signifie ni que le vaccin transmet Ebola, ni que les personnes vaccinées doivent renoncer aux autres moyens de se protéger. L’OMS recommande au contraire de maintenir les mesures éprouvées de lutte contre l’épidémie, quel que soit le statut vaccinal : surveillance, diagnostic rapide, isolement et prise en charge des malades, prévention et contrôle des infections, suivi des contacts, enterrements dignes et sécurisés et information des communautés.