LokutaMABE-Infodémie

LokutaMABE-Infodémie


Des centres de traitement accusés de tuer aux faux remèdes présentés comme capables de guérir Ebola, les récits recueillis pendant l’épidémie touchent aux soins, aux vaccins et aux morts. Certains sont faux, d’autres restent à vérifier. 

Avec « Les récits d’Ebola », Lokuta Mabe va les retracer, les vérifier et enquêter sur ce qui les rend crédibles. « Le CTE tue les malades. » « Ebola est un business. » 

Les soignants injecteraient des produits dangereux. La vaccination servirait à injecter le virus. Des organes seraient prélevés sur les personnes décédées. Ces récits figurent parmi ceux recueillis au cours de l’épidémie d’Ebola en RDC Entre le 1er et le 8 août 2026, un bulletin d’analyse des tendances infodémiques du Centre des opérations d’urgence de santé publique recensait notamment l’affirmation selon laquelle une pénicilline injectable destinée aux animaux guérirait Ebola, mais aussi des récits accusant les centres de traitement de tuer les malades ou les équipes de décontamination d’apporter le virus. Deux semaines plus tard, d’autres récits étaient encore signalés : disparition supposée des corps, prélèvement d’organes, produits dangereux administrés par les soignants, faux traitements et accusations visant la vaccination. C’est sur cette matière que Lokuta Mabe lance « Les récits d’Ebola », une série consacrée aux informations fausses, trompeuses ou non vérifiées qui circulent autour de l’épidémie. 

Le fait qu’une affirmation soit recensée comme une rumeur ne suffit pas à démontrer qu’elle est fausse. Et une information fausse n’est pas nécessairement de la désinformation : ce terme suppose une intention de tromper qui doit être établie. 

Notre travail commencera donc là où le signal apparaît. Pour chaque récit, Lokuta Mabe cherchera à déterminer ce qui est réellement affirmé, où et quand le contenu a circulé, quelles preuves existent et ce que permettent d’établir les sources disponibles. Nous chercherons aussi ce qui peut rendre certains récits crédibles. Du 24 au 30 août, par exemple, 82 des 213 retours communautaires analysés portaient principalement sur les soins, les centres de traitement Ebola et la gratuité. Ils faisaient apparaître des préoccupations sur la qualité de la prise en charge, les visites, l’alimentation, les frais, la disponibilité des services et la peur de ne pas revenir vivant du CTE. Ces chiffres ne représentent pas l’opinion de toute la population. Le bulletin précise que 88 % des retours provenaient de l’Ituri et que leur concentration reflète aussi l’intensité de la collecte. Mais ils montrent pourquoi il ne suffit pas toujours de répondre à une rumeur par un démenti. 

Quand un récit peut devenir un problème sanitaire 

Les bulletins analysés mettent en garde contre les conséquences possibles de certains récits : retard dans l’orientation vers les soins, dissimulation des malades, refus de certaines interventions ou difficultés d’accès pour les équipes de riposte. Cela ne signifie pas que chaque résistance communautaire est provoquée par une fausse information. Ce lien doit être documenté, et non présumé. C’est aussi l’objectif de cette série : suivre le parcours d’un récit et, lorsque les preuves le permettent, comprendre comment il influence les comportements. Le premier épisode s’intéressera à l’une des peurs les plus persistantes dans les données analysées : celle des centres de traitement Ebola, parfois présentés comme des lieux où l’on entre pour mourir. Que montrent réellement les faits ? D’où vient cette peur ? Qu’est-ce qui l’alimente ? Et peut-elle contribuer au refus ou au retard des soins ? C’est le principe des « Récits d’Ebola » : retrouver l’affirmation, la confronter aux faits et comprendre ce qui lui permet de circuler.