Epidémie d'Ebola

Epidémie d'Ebola


Verdict : affirmation sans preuve. Des récits accusant les équipes de riposte de prélever les organes des personnes mortes d’Ebola circulent en RDC. Les rapports consultés et les enquêtes menées par Lokuta Mabe n’apportent aucune preuve de cette accusation. Ils montrent en revanche que des prélèvements, appelés « swabs », sont régulièrement réalisés sur les personnes décédées. 

« Les organes seraient prélevés. » « Les corps disparaîtraient. » 

Ces affirmations font partie des récits recensés pendant la 17e épidémie d’Ebola en RDC. Dans son bulletin couvrant la période du 17 au 23 août 2026, le Centre des opérations d’urgence de santé publique les classe parmi les rumeurs à traiter en priorité autour des centres de traitement, des corps et des enterrements dignes et sécurisés, appelés EDS. Mais les documents officiels utilisent eux-mêmes un terme susceptible de susciter des questions : le prélèvement sur les personnes décédées. Que fait réellement la riposte lorsqu’elle indique qu’un corps a été « swabé » ? 

Des dizaines de corps « swabés » chaque jour 

Un swab est un prélèvement réalisé à l’aide d’un écouvillon afin de recueillir un échantillon destiné à être analysé au laboratoire. Dans les rapports sur Ebola, le terme est également employé pour les prélèvements effectués sur des personnes décédées. Les rapports examinés par Lokuta Mabe permettent de mesurer la fréquence. 

Le 10 septembre, en Ituri, 95 alertes liées aux enterrements dignes et sécurisés ont été enregistrées. 71 EDS ont été réalisés et 54 corps ont été swabés. Au Nord-Kivu, 54 alertes ont été enregistrées, 46 EDS réalisés et 51 corps sur 54 ont été swabés. Le rapport mentionne trois échecs à Kalunguta et Vuhovi. Au Haut-Uélé, neuf EDS ont été réalisés, tous avec swab. La veille, le rapport faisait également état de 65 corps swabés en Ituri. 

Pourquoi certains corps ne sont-ils pas swabés ? 

En Ituri, le 10 septembre, 14 corps n’ont pas été swabés à Fataki et Mandima faute d’intrants et d’équipes. Au Nord-Kivu, trois prélèvements n’ont pas abouti à Kalunguta et Vuhovi. Un prélèvement peut donc ne pas être réalisé pour des raisons opérationnelles. L’absence de swab n’est pas nécessairement liée à un refus de la famille. À d’autres endroits, en revanche, des résistances sont effectivement documentées autour de la prise en charge des morts. Le 10 septembre, elles persistaient lors des enterrements dignes et sécurisés à Nyankunde, Nia-Nia, Mambasa et Rwampara, en Ituri. La veille, dans le Haut-Uélé, une famille de Neisu, dans la zone de santé d’Isiro, avait finalement accepté un EDS après négociation avec les équipes. Les familles veulent aussi savoir ce qui arrive aux corps Les interrogations dépassent la seule question des organes. 

Du 24 au 30 août, 21 des 213 retours communautaires analysés portaient principalement sur les décès, les enterrements dignes et sécurisés et la dignité. Parmi les préoccupations recensées figuraient notamment les délais, la visibilité du défunt, les pratiques funéraires et les conditions entourant les enterrements. Le bulletin du 17 au 23 août recommandait déjà de mieux expliquer les procédures, les sacs mortuaires, les délais et la gratuité des EDS. Cela révèle un problème plus large : lorsque les familles ne comprennent pas ce qui est fait au corps de leur proche, le vide d’information peut laisser de la place aux soupçons. 

À vrai dire 

Lokuta Mabe n’a trouvé, dans les documents examinés et les enquêtes réalisées, aucune preuve que les équipes de riposte prélèvent les organes des personnes mortes d’Ebola. Ce qui est établi, c’est que des prélèvements appelés « swabs » sont pratiqués sur des personnes décédées afin d’obtenir des échantillons destinés au laboratoire. Les rapports de la riposte en comptabilisent régulièrement des dizaines. 

Les récits d’Ebola, épisode 3. Une série de Lokuta Mabe sur les affirmations qui circulent autour de l’épidémie, ce qui les nourrit et leurs conséquences.