Ebola existe. La maladie peut être confirmée en laboratoire. Pourtant, pendant cette épidémie, un récit continue de circuler : Ebola n’existerait pas.
Ce déni apparaît à plusieurs reprises dans les documents de surveillance infodémique consultés et les entretiens menés par Lokuta Mabe.
La question n’est donc pas seulement de répondre que la maladie existe. Il faut comprendre pourquoi cette évidence médicale peut ne pas suffire à convaincre.
« Ebola n’existe pas »
Entre le 1er et le 8 août, le bulletin classe parmi les rumeurs prioritaires l’affirmation selon laquelle Ebola n’existerait pas. Elle apparaît dans la même catégorie que le récit présentant l’épidémie comme un moyen de gagner de l’argent.
La semaine précédente, un autre bulletin relevait déjà que certaines personnes affirmaient que la maladie n’existait pas. Il associait ce déni à une méfiance plus large envers la riposte. Bulletin-hebdomadaire-tendances…
Nous savons donc que le récit a été signalé à plusieurs moments.
Mais les bulletins ne permettent pas de dire quelle proportion de la population y croit. Ils rappellent eux-mêmes que les informations recueillies sont des signaux, pas une mesure de l’opinion générale.
Pourtant, Ebola peut être confirmé
C’est la différence fondamentale entre une croyance et un diagnostic.
Lorsqu’une personne est suspectée d’avoir Ebola, des prélèvements peuvent être analysés en laboratoire. Le résultat permet de déterminer si le virus recherché a été détecté.
Autrement dit, l’existence d’Ebola ne repose pas sur le fait de croire ou non les autorités.
La maladie fait l’objet d’une confirmation biologique.
Les documents de la riposte distinguent d’ailleurs les alertes, les cas suspects et les cas confirmés. Ils recommandent explicitement de ne pas transformer un signal en cas confirmé avant vérification.
Alors pourquoi le doute persiste-t-il ?
Les rapports et les entretiens documentent notamment des plaintes concernant les centres de traitement, la qualité des soins, l’information donnée aux familles, les ambulances et les délais de restitution des résultats.
Fin juillet, un bulletin officiel note précisément que les retards dans la communication des résultats, particulièrement après des décès dans la communauté, alimentent l’incertitude des familles.
C’est un point important.
Une personne peut recevoir le message « Ebola existe » tout en continuant à se demander :
Pourquoi mon proche a-t-il été emmené ?
Pourquoi attendons-nous son résultat ?
Pourquoi ne pouvons-nous pas le voir ?
Pourquoi est-il mort après son admission ?
Ce sont des questions auxquelles répéter le nom de la maladie ne répond pas.
Le déni peut devenir dangereux
Le problème n’est pas seulement d’avoir une opinion fausse sur Ebola.
Le bulletin du 20 au 26 juillet établit une convergence entre déni, méfiance et difficultés d’accès aux soins. Il indique que le déni de la maladie peut entraver l’accès aux soins et la sécurité des équipes de terrain.
Si une personne pense qu’Ebola n’existe pas, pourquoi signaler ses symptômes ? Pourquoi accepter un transfert ? Pourquoi suivre les recommandations de prévention ?
Le récit peut donc influencer des décisions prises au moment où la rapidité de la prise en charge compte.
Dire « vous avez tort » ne suffit pas
C’est peut-être la principale leçon de ce récit.
Le déni ne se combat pas uniquement en répétant :
« Ebola existe. »
Les bulletins recommandent aussi de réduire les délais, d’améliorer l’information donnée aux familles, de rendre les soins plus transparents et d’apporter des preuves visibles des améliorations de la riposte.
Cela change la question.
Au lieu de demander seulement « Pourquoi ces personnes ne croient-elles pas à Ebola ? », il faut aussi demander :
« Qu’est-ce qui, dans leur expérience de l’épidémie et de la riposte, nourrit leur doute ? »
À vrai dire
Oui, le récit selon lequel Ebola n’existerait pas circule pendant cette épidémie. Il est documenté à plusieurs reprises dans les bulletins infodémiques.
Ce récit est faux.
Ebola est une maladie dont les cas peuvent être confirmés par des analyses de laboratoire. Mais répondre au déni exige davantage qu’un démenti.
Lorsqu’une famille attend longtemps un résultat, comprend mal ce qui se passe au centre de traitement ou ne reçoit pas suffisamment d’informations sur son proche, le vide peut nourrir la méfiance.
L’enjeu est donc double : apporter la preuve médicale de la maladie et rendre la riposte suffisamment claire, accessible et transparente pour que cette preuve puisse être comprise et crue.
Ebola ne devient pas réel parce qu’une autorité le dit. Il peut être recherché et confirmé.
Les récits d’Ebola, épisode 11 | Lokuta Mabe