Epidémie d'Ebola

Epidémie d'Ebola


Ce qui circule : pendant la 17e épidémie d’Ebola en RDC, des affirmations selon lesquelles les enterrements dignes et sécurisés (EDS) seraient payants ont été signalées aux équipes de surveillance infodémique. Les bulletins officiels demandent de clarifier leur gratuité. Mais ils rapportent également des demandes d’argent présumées liées à certaines démarches funéraires. Que doivent réellement payer les familles ?

Lorsqu’une personne meurt d’Ebola, sa famille doit faire face à la perte d’un proche. Elle doit aussi accepter des précautions sanitaires particulières pour l’enterrement.

Mais une autre question peut surgir : faut-il donner de l’argent pour que le corps soit pris en charge ?

Une affirmation signalée pendant la riposte

Le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) classe parmi les rumeurs prioritaires l’affirmation selon laquelle les enterrements dignes et sécurisés seraient payants.

Le même document recommande de clarifier leur gratuité, les procédures de prise en charge des corps et les mécanismes de remplacement ou d’appui concernant certains biens détruits.

Ce signal montre que la question de l’argent fait partie des préoccupations recensées pendant la riposte.

Pourquoi les enterrements sont-ils encadrés ?

Une personne décédée d’Ebola peut encore présenter un risque de transmission du virus, notamment lors de contacts directs avec son corps ou ses liquides biologiques.

C’est pourquoi la riposte prévoit des enterrements dignes et sécurisés, appelés EDS.

Ces procédures visent à protéger les proches et les personnes chargées de l’inhumation, tout en respectant autant que possible la dignité du défunt et les pratiques des familles.

Mais lorsqu’une équipe spécialisée intervient, une question demeure : qui prend en charge les frais de cette intervention ?

Gratuité annoncée, frais signalés

Les bulletins de la riposte présentent la gratuité des EDS comme une règle à expliquer aux communautés.

Pourtant, le bulletin du 20 au 26 juillet signale à Kigonze, en Ituri, une exigence rapportée de 30 000 francs congolais pour des documents d’inhumation.

Le même document mentionne une allégation de corruption liée au mouvement de dépouilles au point d’entrée de Nzere, à Bunia.

Ces informations sont importantes, mais elles ne doivent pas être confondues.

Une demande d’argent pour des documents d’inhumation n’est pas nécessairement une facturation de l’EDS lui-même. Et une allégation de corruption ne constitue pas une preuve qu’un paiement illégal a effectivement eu lieu.

Pourquoi cette distinction compte-t-elle ?

Dire simplement que les enterrements sont gratuits ne suffit pas à répondre à toutes les questions des familles.

Il faut distinguer le coût de l’intervention sanitaire, les éventuelles formalités administratives et les dépenses funéraires qui peuvent exister en dehors du dispositif de riposte.

Or les documents consultés et les entretiens menés ne détaillent pas suffisamment la répartition de ces frais.

Ils montrent en revanche que les autorités sanitaires ont identifié un besoin de transparence.

Le bulletin du 17 au 23 août recommande notamment de clarifier les procédures, les délais, la gratuité, les sacs mortuaires et les mécanismes de prise en charge des biens détruits.

Ces recommandations montrent que les questions des familles ne concernent pas uniquement les croyances ou les rumeurs. Elles peuvent aussi porter sur des démarches concrètes et sur la manière dont les services sont organisés.

Quand une question sans réponse nourrit la méfiance

Une famille à laquelle on demande de l’argent peut chercher à comprendre ce qu’elle paie, à qui et pourquoi.

Si la gratuité est annoncée, mais qu’une somme est réclamée au cours des démarches, cette contradiction apparente mérite une explication.

Cela ne prouve pas que toute la riposte est payante, ni que les agents cherchent systématiquement à tirer profit des décès.

Mais cela montre pourquoi une affirmation ne doit pas être rejetée uniquement parce qu’elle a été classée parmi les rumeurs.

Il faut aussi vérifier si des pratiques réelles ont pu contribuer à sa circulation.

Que faire si de l’argent est demandé ?

Une famille confrontée à une demande de paiement liée à un enterrement devrait pouvoir obtenir des réponses précises : quelle prestation est facturée, qui réclame cette somme et sur quelle règle repose cette demande ?

En cas de doute, elle peut demander des explications à la coordination sanitaire ou signaler la situation par les canaux officiels de la riposte. Le numéro vert communiqué par les autorités sanitaires est le 151.

Une contestation de frais ne doit toutefois pas conduire à manipuler un corps suspect ou confirmé d’Ebola sans les précautions nécessaires.

La protection sanitaire et le droit de demander des comptes ne sont pas incompatibles.

À vrai dire

Le récit selon lequel les enterrements dignes et sécurisés seraient payants a bien été signalé pendant l’épidémie.

Les bulletins officiels et les entretiens menés présentent leur gratuité comme une règle à clarifier auprès des familles. Mais ils rapportent aussi des demandes d’argent présumées liées à certaines démarches funéraires, sans en établir la réalité ni la légalité.

La question ne peut donc pas être réglée par un simple verdict « vrai » ou « faux ».

Ce qui doit être gratuit doit être clairement expliqué. Et toute demande d’argent doit pouvoir être justifiée et vérifiée.

Pour les familles, l’essentiel est de pouvoir enterrer dignement leurs proches, sans risque sanitaire et sans frais injustifiés.

Les récits d’Ebola, épisode 13 | Lokuta Mabe