Ce qui circule : pendant la 17e épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, des récits présentent la maladie comme un phénomène spirituel que seule la prière pourrait faire disparaître. Prier pour un malade, demander l’aide d’un responsable religieux ou chercher du réconfort dans sa foi n’a rien d’inhabituel.
Mais que se passe-t-il lorsque la maladie est présentée comme un mauvais esprit et que la prière devient le seul traitement envisagé ?
C’est cette confusion que les équipes chargées de surveiller les rumeurs autour d’Ebola ont identifiée.
Quand Ebola reçoit une explication spirituelle
Dans son bulletin couvrant la période du 1er au 8 août 2026, le Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) classe parmi les rumeurs prioritaires une interprétation selon laquelle Ebola serait un « mauvais esprit » et que seule la prière pourrait l’éradiquer. Le bulletin du 17 au 23 août signale à nouveau des interprétations religieuses de la maladie. Il relève également que certaines pratiques d’inhumation provoquent une détresse spirituelle et peuvent susciter des refus des protocoles sanitaires.
Ebola est une maladie, pas un mauvais esprit
Ebola est une maladie provoquée par un virus. Son existence peut être établie par des analyses de laboratoire.
Dans cette épidémie, les autorités sanitaires ont identifié le virus Ebola Bundibugyo. Les rapports de situation distinguent les personnes suspectées d’être infectées de celles dont l’infection a été confirmée biologiquement.
Une explication spirituelle ne remplace pas ce diagnostic médical.
La prière peut constituer un soutien moral ou spirituel pour une personne malade et ses proches. Mais elle ne permet pas, à elle seule, de démontrer la disparition du virus ou la guérison d’un malade.
Le problème n’est donc pas la prière. Il apparaît lorsqu’elle est présentée comme un substitut aux soins.
Où se trouve le danger ?
Une personne convaincue qu’Ebola est uniquement un phénomène spirituel peut être tentée d’attendre une intervention religieuse plutôt que de signaler ses symptômes ou de consulter une structure sanitaire.
Or, retarder la prise en charge peut réduire les possibilités de soins et prolonger l’exposition des proches à un risque de contamination.
Il faut donc distinguer le risque que présente ce récit de ses conséquences effectivement démontrées.
Des responsables religieux encouragent eux-mêmes le recours aux soins
Le 1er octobre 2026, des représentants de plusieurs confessions religieuses se sont réunis à Kinshasa, à l’initiative de Caritas Congo, pour renforcer leur participation à la riposte contre Ebola.
Les participants ont élaboré une feuille de route commune définissant des actions prioritaires, des responsabilités et des échéances.
Ils se sont notamment engagés à encourager les fidèles présentant des symptômes suspects à consulter rapidement, à décourager l’automédication et à promouvoir des pratiques funéraires sûres.
Les responsables religieux ont également convenu de combattre les rumeurs, la stigmatisation et les discriminations visant les malades, les survivants, leurs familles et les agents de santé.
Les catholiques, protestants, kimbanguistes et musulmans souhaitent mobiliser leurs réseaux dans les quartiers, les écoles, les établissements de santé et sur les réseaux sociaux pour diffuser des informations sanitaires fiables.
Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a insisté sur la nécessité de dépasser les différences doctrinales au nom de la protection de la vie.
Cette mobilisation apporte une réponse concrète à l’idée selon laquelle la foi et les soins seraient incompatibles : des responsables religieux encouragent eux-mêmes leurs fidèles à recourir aux services de santé.
Ces engagements ne prouvent toutefois pas que les comportements ont déjà changé sur le terrain.
Quand les lieux de culte deviennent des interlocuteurs de la riposte
Le rapport officiel de situation du 6 octobre apporte deux autres éléments. Au Bas-Uélé, dans la zone de santé de Poko, les autorités sanitaires signalent le préenregistrement de responsables religieux parmi les personnes concernées par les activités de vaccination, aux côtés des relais communautaires, des tradipraticiens, des motards et des chasseurs. Dans la Tshopo, les équipes de soutien psychosocial indiquent avoir « levé » trois résistances, dont une concernant l’église Assemblée des Saints. Ces informations montrent surtout que les responsables et les lieux de culte peuvent être des interlocuteurs de la riposte, sans que toutes les difficultés rencontrées dans ces espaces soient nécessairement religieuses.
Faut-il choisir entre prier et se soigner ?
Non.
Une personne croyante peut prier, recevoir un accompagnement spirituel et accepter les soins médicaux.
Ces démarches n’ont pas la même fonction.
La prière relève de la foi et du soutien spirituel. Les soins médicaux visent à prendre en charge la maladie et ses complications.
L’une ne doit pas être présentée comme une raison de refuser l’autre.
Lorsqu’une personne présente des symptômes pouvant évoquer Ebola, elle doit rapidement contacter les services sanitaires pour recevoir une orientation. En RDC, la riposte met à disposition le numéro vert 151.
À vrai dire
Le récit présentant Ebola comme un mauvais esprit pouvant être éliminé uniquement par la prière a bien été signalé pendant l’épidémie.
Mais Ebola est une maladie virale. Aucune preuve présentée dans les sources consultées ne montre que la prière puisse, à elle seule, la guérir.
La mobilisation des confessions religieuses autour de Caritas Congo montre qu’il n’est pas nécessaire d’opposer la foi à la médecine. Les responsables réunis le 1er octobre ont notamment pris l’engagement d’encourager les fidèles à consulter rapidement et à suivre les recommandations sanitaires.
Reste à vérifier comment ces engagements sont appliqués dans les communautés.
On peut prier pour un malade et l’accompagner vers les soins. Le danger n’est pas de prier, mais de croire que la prière rend inutile une prise en charge médicale.
Les récits d’Ebola, épisode 12 | Lokuta Mabe