Ce qui circule : pendant la 17e épidémie d’Ebola en RDC, des récits affirment que des corps disparaîtraient ou que des cercueils seraient enterrés vides. La gestion des corps suscite des inquiétudes et parfois des tensions entre les familles et les équipes de riposte.
Lorsqu’une personne meurt d’Ebola, sa famille ne peut pas toujours accomplir les gestes habituels de la toilette mortuaire ou toucher le corps pour lui rendre un dernier hommage. Des équipes spécialisées interviennent afin de limiter les risques de contamination.
Mais une question demeure pour les proches : que devient réellement le corps après sa prise en charge ?
C’est autour de cette inquiétude que plusieurs récits ont été signalés pendant l’épidémie.
Des cercueils supposés vides, des corps qui disparaîtraient
Le bulletin infodémique du 27 au 31 juillet 2026 rapporte une affirmation selon laquelle des cercueils seraient enterrés sans corps.
Quelques semaines plus tard, celui du 17 au 23 août mentionne des récits selon lesquels des corps disparaîtraient. Ces accusations figurent parmi les rumeurs considérées comme prioritaires autour des centres de traitement, des décès et des enterrements dignes et sécurisés (EDS).
Les documents ne précisent toutefois ni les auteurs de ces affirmations, ni les lieux exacts auxquels elles se rapportent, ni leur ampleur.
Surtout, ils ne présentent aucun cas vérifié de cercueil enterré vide ou de corps disparu du fait des équipes de riposte.
Pourquoi les corps sont-ils pris en charge par des équipes spécialisées ?
Le corps d’une personne décédée d’Ebola peut encore transmettre le virus, notamment lors d’un contact direct avec ses liquides biologiques.
Les gestes habituellement pratiqués pendant les funérailles peuvent donc exposer les proches et les personnes chargées de préparer le défunt.
C’est pour réduire ce risque que la riposte organise des enterrements dignes et sécurisés.
Ces procédures visent à permettre l’inhumation tout en appliquant des précautions sanitaires destinées à protéger les familles et les intervenants.
Un enterrement sécurisé ne signifie pas que les proches doivent être privés d’informations sur le devenir du défunt.
Que montrent réellement les rapports de la riposte ?
Les équipes de riposte distinguent plusieurs opérations : le signalement d’un décès, les prélèvements destinés au diagnostic, la prise en charge du corps et l’organisation de l’enterrement.
Le rapport de situation du 6 octobre 2026 documente ainsi des prélèvements sur des personnes décédées et des enterrements dignes et sécurisés dans plusieurs provinces touchées.
Ces activités ne doivent pas être confondues.
Un prélèvement sur un corps, appelé swab, sert à rechercher le virus. Il ne constitue pas un enterrement. De même, le nombre de prélèvements réalisés ne correspond pas nécessairement au nombre d’inhumations effectuées le même jour.
Les rapports attestent donc de l’existence de procédures de prise en charge des décès. Ils ne permettent cependant pas, à eux seuls, de retracer individuellement le parcours de chaque dépouille jusqu’à son inhumation.
À Beni, une famille tente de récupérer un corps
Le rapport de situation du 1er octobre apporte une illustration concrète des tensions autour de la gestion des dépouilles.
À la morgue de l’Hôpital général de référence de Beni, au Nord-Kivu, une famille a tenté de récupérer par la force le corps d’une personne dont l’infection à Ebola était confirmée.
Selon le rapport, les équipes de sécurité sont intervenues pour rétablir l’ordre.
Des pratiques qui ont déjà heurté les communautés
Lors d’un briefing gouvernemental le 15 septembre 2026, le professeur Jean-Jacques Muyembe est revenu sur les difficultés rencontrées pendant les précédentes épidémies.
Il a notamment décrit la manière dont certaines équipes prenaient autrefois en charge les personnes décédées :
« Au début, c’est la brutalité. On arrive, on prend le corps, on le met dans le sac mortuaire et puis on l’amène au cimetière. »
Il a reconnu que cette façon de procéder pouvait heurter les communautés.
Selon ses explications, les pratiques ont ensuite évolué afin d’associer davantage les familles et les communautés aux enterrements dignes et sécurisés.
À vrai dire
Oui, des récits affirmant que des corps disparaîtraient ou que des cercueils seraient enterrés vides ont été signalés pendant l’épidémie d’Ebola.
Mais les documents consultés et les entretiens menés n’apportent aucune preuve confirmant ces accusations.
Ils montrent que les équipes sanitaires réalisent des prélèvements sur les personnes décédées et organisent des enterrements dignes et sécurisés pour limiter les risques de transmission.
Ils montrent aussi que la gestion des corps peut provoquer des tensions avec les familles.
La réponse ne consiste donc pas seulement à contester les accusations. Elle doit aussi permettre aux proches de savoir où se trouve le défunt, comment il est pris en charge et dans quelles conditions il sera enterré.
Protéger les vivants contre Ebola ne doit pas empêcher les familles de comprendre ce qui arrive à leurs morts.