Le mois de mars 2026 confirme une désinformation fortement structurée par le contexte de guerre dans l’Est de la RDC, les tensions diplomatiques régionales et la montée des usages frauduleux des plateformes numériques. Les vérifications publiées au cours du mois montrent quatre tendances dominantes : la circulation de faux contenus liés au conflit et aux rapports RDC-Rwanda-États-Unis ; le recyclage d’images et de vidéos sorties de leur contexte ; la progression des arnaques numériques par usurpation de marque ; et la persistance de rumeurs à forte charge sociale, sanitaire ou religieuse. L’espace informationnel congolais reste marqué par une forte viralité des contenus émotionnels, diffusés principalement via Facebook et WhatsApp.
1. Désinformation de conflit et récits géopolitiques
La première tendance observée en mars concerne la désinformation liée à la guerre dans l’Est et à son environnement diplomatique. Le cas le plus significatif est celui du faux communiqué annonçant une rupture des relations diplomatiques entre le Rwanda et les États-Unis après les sanctions américaines du 2 mars 2026. Ce contenu, abondamment relayé sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans une séquence où les questions militaires, diplomatiques et sécuritaires constituent le principal moteur de circulation de fausses informations. Ce type d’infox repose sur l’imitation de documents officiels et vise à donner une apparence de crédibilité institutionnelle à des récits fabriqués.
2. Recyclage de contenus visuels hors contexte
Le mois de mars confirme également le poids des images et vidéos détournées. Une séquence présentée comme montrant des mercenaires opérant en RDC a en réalité été filmée à Chicago lors d’une opération de la patrouille frontalière américaine en septembre 2025. Son réemploi dans le débat congolais montre que les contenus visuels étrangers, lorsqu’ils sont réinsérés dans une actualité de guerre, peuvent rapidement acquérir une forte puissance de persuasion. La viralité enregistrée sur ce cas illustre l’efficacité de ce procédé dans un environnement déjà saturé de récits de confrontation, de soupçon et de propagande.
3. Arnaques numériques et usurpation de marque
Une autre tendance forte du mois est l’usage de la désinformation à des fins d’escroquerie. Les faux forfaits Starlink diffusés sur Facebook, avec redirection vers WhatsApp puis vers des interfaces frauduleuses de paiement Mobile Money, relèvent d’un schéma classique d’usurpation de marque. L’intérêt de ce cas est double : il montre, d’une part, que la désinformation ne poursuit pas seulement des objectifs politiques ou idéologiques ; d’autre part, qu’elle s’articule de plus en plus à des techniques d’ingénierie sociale destinées à obtenir des codes de confirmation et à déclencher des transferts d’argent. L’exploitation de la réputation d’une marque mondiale, combinée à des prix artificiellement attractifs, constitue ici le cœur du mécanisme frauduleux.
4. Rumeurs sociales, sanitaires et religieuses
Les vérifications publiées en mars montrent aussi la persistance de rumeurs qui ne relèvent pas directement du conflit, mais qui prospèrent dans le même écosystème numérique. C’est le cas des fausses alertes sur une prétendue résurgence du Covid-19, ou encore des publications affirmant à tort un changement doctrinal des Témoins de Jéhovah sur la question du sang. Dans ces cas, la logique observée n’est pas celle de la manipulation géopolitique, mais celle de la simplification trompeuse, du titre sensationnaliste et de l’exploitation d’un sujet sensible pour produire de la confusion.
5. Modes opératoires dominants
Les cas documentés en mars 2026 révèlent des procédés récurrents. Le premier est la fabrication de faux documents reprenant les codes de communication des institutions. Le deuxième est le détournement de vidéos ou d’images réelles, sorties de leur contexte d’origine. Le troisième est l’usurpation de l’identité visuelle d’entreprises ou d’organisations crédibles. Le quatrième est l’usage intensif de Facebook et WhatsApp comme vecteurs de diffusion, avec, dans certains cas, le recours à des liens raccourcis pour masquer la destination réelle des paiements ou des contenus. L’ensemble confirme que la désinformation en RDC repose moins sur la sophistication technique que sur l’exploitation de la confiance, de l’urgence et de la polarisation.
6. Environnement politique et réglementaire
Cette séquence s’inscrit dans un contexte où la désinformation devient elle-même un objet de réponse politique. En mars 2026, les autorités congolaises ont publiquement renforcé leur discours sur les dérives des réseaux sociaux, présentés comme des vecteurs de manipulation, de discours de haine et d’atteinte à la stabilité sociale. Cette évolution est notable, car elle place la lutte contre la désinformation au croisement de deux enjeux distincts : la sécurisation de l’espace informationnel d’un côté, et les risques de restriction des libertés numériques de l’autre.
En mars 2026, la désinformation en RDC apparaît donc structurée autour de quatre foyers principaux : le conflit à l’Est, la diplomatie régionale, les arnaques numériques et les rumeurs sociales. La tendance dominante est celle d’une hybridation croissante entre manipulation politique, instrumentalisation visuelle et fraude économique. Le conflit reste le principal catalyseur narratif, mais les usages marchands de la désinformation progressent nettement. Dans le même temps, la circulation de contenus trompeurs continue de prospérer sur des sujets non sécuritaires, preuve que le désordre informationnel dépasse largement le seul champ de la guerre.