S’exprimant le 17 juin 2026 devant la diaspora congolaise réunie à Houston, aux États-Unis, à l’issue du match nul entre les Léopards de la RDC et la sélection portugaise lors de la première journée du groupe K de la Coupe du monde de football 2026, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a prononcé un discours à forte tonalité politique, marqué par des mises en garde et de vives critiques.
Au cours de son intervention, le chef de l’État s’est notamment attaqué, sans le citer nommément, à son prédécesseur Joseph Kabila, en utilisant une expression particulièrement polémique. Évoquant l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en 2001, il a déclaré : « Les ennemis étaient entrés, nous étions distraits. Ils ont même écarté un fils du pays (Laurent-Désiré Kabila), et ils ont placé leur chien (Joseph Kabila), qu’ils pouvaient dresser à leur guise ». Cette déclaration a suscité de vives réactions au sein de la classe politique congolaise et sur la scène internationale. Dans ce contexte, une vidéo relayée sur les réseaux sociaux prétend montrer une interview accordée par l’ancien président Joseph Kabila, dans laquelle il recadrerait son successeur, Félix Tshisekedi, au micro de Marc Perelman. Cette affirmation est toutefois infondée. À ce jour, Joseph Kabila n’a pas réagi publiquement aux déclarations du chef de l’État et n’a accordé aucune interview récemment sur ce sujet.
« Joseph Kabila recadre Tshisekedi », peut-on lire dans la légende de cette publication diffusée sur TikTok. Au 6 juillet 2026, celle-ci totalisait plus de 284 000 vues, plus de 11 000 likes, 771 commentaires et 3 362 partages (lien archivé ici).

Capture d’écran de la publication faisant objet de notre article
La vidéo, d’une durée de 1 minute et 24 secondes, est un montage réalisé avec CapCut. Elle montre une scène de circulation dans une rue urbaine animée et est présentée comme un entretien entre l’ancien président congolais Joseph Kabila et le journaliste de France 24, Marc Perelman, dont la voix est reconnaissable.
Dans cette prétendue interview, l’ancien chef de l’État congolais, condamné à mort le 30 septembre 2025 à Kinshasa et visé par des sanctions américaines depuis avril 2026, est censé répondre aux déclarations du président Félix Tshisekedi, qui l’avait qualifié, sans le citer nommément, de « chien imposé par le Rwanda », lors d’une rencontre avec la diaspora congolaise à Houston.
Cette affirmation est infondée
Malgré son caractère viral, cette prétendue déclaration de Joseph Kabila n’est pas authentique. Une recherche à partir de mots-clés, tels que “Kabila recadre Tshisekedi”, et “Kabila Marc Perelman” ou encore “Kabila France 24” ne permet de retrouver aucune trace de cet entretien ou de ces propos dans les médias crédibles, tant en République démocratique du Congo qu’à l’étranger. Aucun élément ne vient donc étayer l’existence de cette intervention attribuée à l’ancien président congolais.
Nous avons également consulté le compte X de Marc Perelman, où le journaliste partage habituellement les entretiens qu’il réalise. Aucune publication ne fait état d’un échange avec Joseph Kabila (lien archivé ici). La consultation du site de France 24, notamment de la rubrique consacrée à l’émission En tête-à-tête, présentée par Marc Perelman, ne révèle pas non plus l’existence d’un tel entretien, ce qui renforce son caractère non authentique.
Le plus récent épisode de l’émission consacrée à la RDC a été publié le 30 juin dernier. Son invité était Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, qui s’y exprimait sur l’accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda (lien archivé ici).
Joint via WhatsApp le 7 juillet 2026, Ferdinand Kambere, proche de Joseph Kabila, a affirmé que l’ancien président congolais n’avait récemment accordé aucune interview.
Le PPRD compare le « chien » de Tshisekedi au « crapaud » utilisé contre Lumumba
Dans un communiqué, le PPRD Diaspora a qualifié les déclarations de Félix Tshisekedi à Houston de « graves, irresponsables et indignes », estimant qu’elles traduisent « une dérive dangereuse du pouvoir » plutôt qu’un débat démocratique (lien archivé ici). Le parti de Joseph Kabila accuse également le chef de l’État d’avoir utilisé, selon ses termes, « une plateforme sportive » pour s’en prendre verbalement à un ancien président de la République.
La coordination a, par ailleurs, accusé le pouvoir de chercher à détourner l'attention de ses échecs sécuritaire, social, diplomatique et démocratique. Le communiqué, signé par Sandra Nkulu-Kyungu, coordonnatrice du PPRD Diaspora, invoque l'article 64 de la Constitution congolaise, qui fait obligation à tout citoyen de faire échec à quiconque exercerait le pouvoir en violation de la loi fondamentale.
James Mutuba