Début juillet 2026, le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a reçu au Palais Ntare Rushatsi, à Bujumbura, des responsables religieux congolais ainsi que des représentants de l’opposition réunis au sein de la Coalition Article 64 (C64). Ces consultations visaient à désamorcer les tensions suscitées par le projet de révision de la Constitution en République démocratique du Congo. Dans la foulée de cette réunion, une image est devenue virale sur les réseaux sociaux depuis le 6 juillet 2026. Elle prétend montrer une rencontre entre l’ancien président congolais Joseph Kabila Kabange et le président de l’Ecidé, Martin Fayulu Madidi. Après vérification, cette image n’est pas authentique : plusieurs indices montrent qu’il s’agit d’un montage réalisé à l’aide d’outils d’intelligence artificielle (IA).
Les consultations organisées à Bujumbura se sont déroulées en plusieurs étapes, d’après les informations de RFI. L’archevêque Ejiba Yamapia, président de la Plateforme des Églises de Réveil, a été reçu en premier. Il a ensuite été suivi par les délégations de l’Église du Christ au Congo (ECC) et de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), avant que les représentants de la Coalition Article 64 ne soient reçus à leur tour. Une réunion plénière a ensuite réuni l’ensemble des participants pour clôturer la journée (lien archivé ici).
Les échanges ont principalement porté sur le projet de révision constitutionnelle défendu par le camp du président Félix Tshisekedi. Les participants ont discuté des conditions d’un dialogue national inclusif, et l’opposition a réaffirmé qu’un renoncement public au projet de modification de la Constitution constituait un préalable indispensable.
Dans un bref communiqué publié sur le réseau social X, la présidence burundaise a indiqué que les échanges s’étaient déroulés « dans un esprit d’ouverture et de confiance », mettant en avant l’importance du dialogue et de l’unité, sans évoquer explicitement la question constitutionnelle ni faire état d’un quelconque mandat (lien archivé ici).
Mais à ces discussions, des rumeurs se sont invitées et ont rapidement émergé sur les réseaux sociaux. Parmi elles figure une image censée illustrer une rencontre à Bujumbura entre Joseph Kabila et Martin Fayulu.
« #Martin_Fayulu a rencontré #Joseph_Kabila ce lundi 6 juillet 2026 pour un entretien consacré à la marche prévue le 22 juillet 2026 », affirme notamment cet internaute dans une publication Facebook ayant enregistré 361 mentions “j’aime”, 200 commentaires et 51 commentaires au 20 juillet 2026.

Capture d’écran de l’image faisant l’objet de notre enquête
L’image, présentant Martin Fayulu vêtu d’un costume gris clair de style Mao, aux côtés de Joseph Kabila, qui porte une chemise noire, a largement circulé sur Facebook et X. Elle a notamment été partagée ici, ici, ici, ici et a cumulé plus de 63 000 vues, 239 likes et 383 commentaires sur ce post sur X (lien archivé ici).
« Lorsque nous disons que cette opposition est sous la botte de Kanambe alias Kabila, certains nous prenaient pour des parleurs. Voilà qu'aujourd'hui, l'occasion est donnée pour que le voile soit levé. Kabila est égal à Kagamé, Fayulu se range derrière Kabila d'où Fayulu et ses compères Ambongo y compris, sont sous le commandement de Kagamé. Ils n'ont rien à voir avec les du pays (...) », peut-on lire sur la légende.
Martin Fayulu a-t-il rencontré Joseph Kabila ?
Rien ne permet d’étayer cette affirmation. Même s’ils se sont alliés politiquement en signant une déclaration commune le 1er mai 2025, aux côtés notamment de Moïse Katumbi et Delly Sesanga, Joseph Kabila et Martin Fayulu n’ont pas tenu de rencontre physique en tête en tête (lien archivé ici).
Aucun média crédible n’a rapporté une telle rencontre et des recherches effectuées sur Google à l’aide de mots-clés n’ont produit aucun résultat allant dans ce sens. Nous avons également consulté le compte X du leader de l’Ecidé, aucune publication ne fait état d’une rencontre avec l'ancien chef de l’État congolais.
Contacté par WhatsApp le 22 juillet 2026, un cadre de Lamuka a également démenti cette allégation. « Le président Fayulu a pris l’avion à Kinshasa pour se rendre à Bujumbura, puis est reparti de Bujumbura vers Kinshasa. Il n’a eu aucune rencontre avec Kabila », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, la plateforme Sauvons le Congo de Joseph Kabila a boycotté les consultations organisées par le président burundais Evariste Ndayishimiye. Cet élément rend peu probable la présence de l’ancien président congolais à Bujumbura. Les proches de Joseph Kabila ont justifié leur boycott en dénonçant un médiateur « partial », un processus « mal ficelé » et une « tentative de contourner les véritables acteurs de la crise », selon Mediacongo (lien archivé ici).
Des anciennes photos détournées
Malgré les nombreuses réactions qu’elle a suscitées sur les réseaux sociaux, cette image n’est pas authentique. Il s’agit d’un montage réalisé à partir de deux anciennes photos de Joseph Kabila et de Martin Fayulu, prises à des moments et dans des lieux différents.
Pour en vérifier l’origine, nous avons soumis l’image à une recherche inversée sur Google Lens. Cette démarche a permis de retrouver les clichés d’origine utilisés pour fabriquer ce faux visuel.
La photographie de Martin Fayulu intégrée au montage provient d’un cliché le montrant aux côtés de Franklin Tshiamala, secrétaire général du Leadership et Gouvernance pour le Développement (LGD), le parti de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo. Cette photo a été prise peu avant leur départ pour Bujumbura, afin de participer aux consultations initiées par le président burundais Évariste Ndayishimiye. Elle a notamment été publiée le 4 juillet sur compte Facebook.

Capture d’écran Facebook prise le 23 juillet par Lokuta Mabe
La comparaison entre le cliché d’origine et le photomontage révèle plusieurs signes de manipulation. Martin Fayulu apparaît dans les deux images vêtu d’un costume gris et dans une posture quasiment identique. Toutefois, plusieurs éléments ont été modifiés ou supprimés. L’image ne montre plus le téléphone ou les lunettes qu’il tenait à la main droite. Son bras droit a été repositionné derrière son dos pour donner l’impression qu’il se tient naturellement aux côtés de Joseph Kabila, et la valise visible devant lui sur la photo d’origine a également disparu. Ces altérations montrent que son image a été détourée puis intégrée à une autre photographie.
La recherche par images inversées effectuée avec Google Lens nous a également permis d’identifier la photo d’origine dont a été extraite la silhouette de Joseph Kabila. Il s’agit d’un ancien cliché qui circule sur internet depuis décembre 2021 et sur lequel l’ancien président apparaît aux côtés de Barbara Nzimbi.
Cette photo a notamment été publiée le 20 décembre 2021 sur ce compte Facebook relatant une visite de Barbara Nzimbi à Joseph Kabila dans sa ferme de Kingakati, à la suite d’un accident.

Capture d’écran Facebook prise par Lokuta Mabe le 23 juillet 2026
Sur ce cliché d’origine, Joseph Kabila apparaît vêtu de noir, dans la même posture et avec le même sourire que sur le photomontage. En revanche, certains éléments visibles sur la photo initiale ont été supprimés lors du montage, notamment le cathéter fixé à sa main gauche ainsi que sa montre portée au poignet droit.
Nous avons par ailleurs soumis cette photo à une vérification sur Fake Images detector pour essayer de dénicher des indices d’IA.

Résultats de Fake Images detector
Les résultats obtenus montrent que cette image a été à 100% générée par intelligence artificielle ou modifiée par ordinateur.
Félix Tshisekedi annonce le dialogue national
Le président Félix Tshisekedi a annoncé, le 17 juillet 2026, la tenue prochaine d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain », à l’issue d’une rencontre avec les représentants des principales confessions religieuses du pays, a indiqué la présidence dans un communiqué posté sur X (lien archivé ici).
Selon ce communiqué, ce dialogue vise à renforcer la cohésion nationale dans le respect des institutions de la République et de la Constitution. La rencontre, organisée à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa, a réuni plusieurs responsables religieux, parmi lesquels Mgr André Bokundoa, président de l’Église du Christ au Congo (ECC), l’archevêque Ejiba Yamapia, président de la Plateforme des Églises de Réveil du Congo (ERC), le cheikh Abdallah Mangala, représentant de la Communauté islamique, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), ainsi que le pasteur Éric Senga, porte-parole de l’ECC.
La C64 reporte sa marche après les appels au dialogue
Prévue le 22 juillet 2026, la marche de la Coalition Article 64 (C64), qui devait se tenir devant le palais de la Nation pour réclamer la démission du président Félix Tshisekedi, a été reportée à une date ultérieure (lien archivé ici).
Dans son communiqué, la Coalition explique que cette décision fait suite à l’appel lancé le 18 juillet par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC), qui l’ont invitée à donner une véritable chance au dialogue. Elle affirme également avoir pris acte de l’annonce de la présidence de la République concernant l’organisation prochaine d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain », dans le respect des institutions et de la Constitution.
La C64 présente ce report comme un « geste de responsabilité », décidé à l’issue des réunions de sa Conférence des présidents des 18 et 20 juillet. Elle insiste toutefois sur le fait que cette décision ne remet pas en cause son engagement à défendre l’ordre constitutionnel. La Coalition réaffirme son opposition à toute révision de la Constitution susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel, rappelant que les articles 70 et 220 en fixent les limites.
Enfin, la C64 fixe un ultimatum au pouvoir. Si le dialogue national inclusif n’est pas officiellement convoqué d’ici au 15 août 2026, ou si les engagements annoncés ne se traduisent par aucune mesure concrète, elle affirme qu’elle en tirera « toutes les conséquences politiques » et pourra appeler les Congolais à reprendre les actions citoyennes pacifiques. D’ici là, elle indique maintenir l’ensemble de ses structures, en RDC comme dans la diaspora, en « état de mobilisation et d’alerte maximale ».
James Mutuba