Logo ACTUALITE.CD détourné

Logo ACTUALITE.CD détourné


Des publications diffusées sur X reprennent le logo, les couleurs et la présentation graphique du média congolais ACTUALITE.CD pour relayer des affirmations sur les FDLR, les relations entre la RDC et le Rwanda, Donald Trump et Ebola. L’une d’elles attribue au ministre Floribert Anzuluni des propos contestés par son ministère. Cette méthode, qui consiste à emprunter l’identité d’un média pour donner du crédit à des contenus trompeurs, rappelle des procédés déjà documentés en Afrique et en Europe. Comment fonctionne-t-elle et comment s’en protéger ?

Le logo est celui d’ACTUALITE.CD. Les couleurs aussi. Une photographie d’un responsable politique accompagne une citation présentée en grandes lettres. Rien, à première vue, ne permet au lecteur pressé de soupçonner que l’image pourrait ne pas provenir du média dont elle porte l’identité.

Pourtant, plusieurs visuels diffusés sur X, notamment par le compte @MamyKazadi, soulèvent précisément cette question.

Le 7 octobre 2026, ce compte relaie une série de publications consacrées à des sujets sensibles : les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les relations entre Kinshasa et Kigali, une prétendue visite du président américain Donald Trump à Goma et des accusations financières liées à Ebola.

Les images reprennent les codes graphiques d’ACTUALITE.CD. Certaines publications mentionnent même directement le compte du média, renforçant l’impression d’un lien avec sa rédaction.

Mais la présence d’un logo, d’une photographie ou du nom d’un média ne garantit ni l’origine ni l’authenticité d’une information.

Dans ce dossier, un premier cas a fait l’objet d’un démenti relayé par une institution officielle.

Une déclaration attribuée à Floribert Anzuluni, puis démentie

L’un des visuels diffusés le 7 octobre présente une déclaration attribuée à Floribert Anzuluni, ministre congolais de l’Intégration régionale.

Selon le texte reproduit sur l’image, la présence des FDLR dans l’Est de la RDC, leur idéologie et le soutien qu’elles recevraient du gouvernement congolais constitueraient une menace directe pour la sécurité du Rwanda.

La déclaration est présentée avec le logo d’ACTUALITE.CD, une photographie du ministre et une mise en page qui lui donne l’apparence d’un contenu journalistique.

Le compte @MamyKazadi accompagne notamment l’image de ce commentaire : « Le message de notre ministre @FloribertAnzu est claire. Merci @actualitecd ».

Or, cette attribution a été contestée.

Dans un démenti diffusé par Lokuta Mabe et relayé sur X par le ministère de l’Intégration régionale, les propos présentés dans ce visuel sont signalés comme ne correspondant pas à l’intervention du ministre reprise par ACTUALITE.CD.

Le ministère a également contesté cette présentation de ses déclarations.

Ce démenti permet de distinguer deux éléments : le contenu attribué au ministre est contesté par l’institution concernée, et le visuel utilise l’identité graphique d’un média pour présenter cette attribution.

L'enjeu n'est donc pas seulement une phrase inexacte. C'est une déclaration politiquement sensible qui peut être perçue comme une information vérifiée par une rédaction alors que son attribution est démentie.

Trump à Goma, « Ebola business » : plusieurs affirmations sous une même identité graphique

Le compte @MamyKazadi a diffusé d’autres publications utilisant une présentation similaire.

Dans l’une d’elles, datée du 7 octobre, le texte annonce : « C’est confirmé le président Donald Trump à Goma avant la fin de l’année ».

Le visuel associé affirme que le président américain se rendra à Goma pour rencontrer la direction de l’AFC/M23.

L’annonce est présentée comme une certitude. Pourtant, la capture ne fournit aucune déclaration officielle, aucun programme de visite ni aucune autre preuve permettant de confirmer ce déplacement.

En l’état des éléments examinés, il s’agit d’une affirmation sans preuve fournie, et non d’une visite établie.

Une autre publication, diffusée le même jour, évoque un supposé versement de 50 000 dollars sur le compte personnel d’un député national, sous un titre faisant référence à l’« Ebola business ».

Là encore, l’image ne fournit pas de document bancaire ou d’autre élément vérifiable établissant le versement allégué. Cette accusation ne peut donc pas être présentée comme un fait.

D'autres publications reprenant des déclarations attribuées à Donald Trump sur la neutralisation des FDLR, ainsi que des commentaires concernant le retour du général Sylvain Ekenge comme porte-parole des FARDC.

Ces publications ne sont pas toutes de même nature. Certaines reproduisent des citations, d’autres relaient des commentaires ou des annonces. Leur exactitude doit être examinée séparément.

Mais elles présentent une caractéristique commune : des contenus sensibles circulent avec l’apparence de publications d’un média reconnu, sans que leur origine journalistique soit établie par cette seule présentation.

La méthode : emprunter la crédibilité d’un média

Le procédé observé repose sur un mécanisme de tromperie par l’apparence.

Un média construit sa crédibilité à travers ses publications, son travail de vérification et la reconnaissance de son identité par le public. Son logo, ses couleurs et ses formats deviennent progressivement des signes familiers.

Lorsqu’un autre acteur reproduit ces signes, il peut bénéficier de cette reconnaissance sans avoir effectué le travail journalistique qui la justifie.

Dans les cas examinée, plusieurs procédés se combinent.

Le premier est l’imitation de l’identité graphique. Le logo, la typographie, les couleurs et la présentation des citations donnent aux images une apparence journalistique.

Le deuxième est l’emprunt d’autorité. Les visuels mettent en scène des personnalités connues, notamment Donald Trump et Floribert Anzuluni. Leurs fonctions peuvent donner du poids aux déclarations qui leur sont attribuées.

Le troisième est la mise en scène de l’urgence. Les formules « URGENT », « ALERTE INFO » et « C’est confirmé » incitent à considérer le contenu comme une information importante et déjà établie.

Le quatrième est la répétition. Plusieurs publications successives reprennent les mêmes sujets ou les mêmes visuels. Cette répétition peut familiariser les internautes avec un récit, sans pour autant en prouver la véracité.

Enfin, les publications mentionnent régulièrement @actualitecd. Cette pratique peut renforcer l'association visuelle avec le média, mais elle ne prouve aucunement que celui-ci a publié ou validé les informations.

Les publications permettent d'observer ces procédés. Elles ne permettent pas de déterminer qui a fabriqué les images, ni de conclure à l'existence d'un réseau coordonné.

RFI et France 24 : des précédents documentés en Afrique

L’utilisation de l’identité d’un média pour faire circuler des contenus trompeurs n’est pas nouvelle.

Le 2 juin 2025, Reporters sans frontières (RSF) publiait une enquête intitulée « Copiés, clonés : RFI et France 24 victimes d’usurpation d’identité assistée par IA générative dans des pays d’Afrique francophone ».

L’organisation y documentait plusieurs cas dans lesquels des contenus fabriqués avaient été présentés comme provenant de ces deux médias.

En avril 2025, en RDC, un faux journal radio reprenant artificiellement les voix de journalistes de RFI et de France 24 avait diffusé de prétendues excuses publiques de Corneille Nangaa, dirigeant de la coalition AFC/M23.

Selon RSF, cette production avait circulé sur WhatsApp, YouTube, TikTok et Facebook, cumulant plus de 100 000 vues.

Au Cameroun, un autre contenu diffusé en mai 2025 utilisait le logo de RFI et de fausses voix pour simuler une discussion sur la candidature éventuelle de l’opposant Maurice Kamto à l’élection présidentielle.

Dans ces cas, l’intelligence artificielle générative avait permis d’imiter des voix et de fabriquer des productions ressemblant à de véritables émissions journalistiques.

Les procédés diffèrent de ceux observés dans les visuels d’ACTUALITE.CD, mais ils reposent sur un principe comparable : faire croire qu’une information provient d’un média auquel le public accorde déjà sa confiance.

En Europe, l’opération « Doppelganger » a poussé l’imitation jusqu’aux sites Internet

Un autre précédent a été documenté en France.

En 2023, une campagne de manipulation de l’information appelée « Doppelganger », attribuée par les autorités françaises à des acteurs russes, avait émergé.

Cette opération avait notamment visé Le Parisien, Le Monde, Le Figaro et 20 Minutes.

Les auteurs avaient créé des copies de pages de ces médias, reproduisant leur présentation presque à l’identique, mais en utilisant des noms de domaine différents.

Un internaute pouvait ainsi croire consulter un article d’un journal reconnu alors qu’il se trouvait sur un site imitant son identité.

Certains liens présents sur ces copies renvoyaient même vers les véritables sites des médias concernés, renforçant l’illusion d’authenticité.

Les faux articles étaient ensuite diffusés sur les réseaux sociaux. TF1 rapportait également la création d’environ 200 faux comptes Facebook associés à cette opération.

Ce précédent montre que l’usurpation peut aller bien au-delà d’une image : elle peut concerner une page Internet entière, un nom de domaine, une émission ou une voix.

L’intelligence artificielle facilite-t-elle ces manipulations ?

Les outils d’intelligence artificielle générative permettent aujourd’hui de produire rapidement des images, des voix et des vidéos ressemblant à des contenus authentiques.

Une personne peut ainsi fabriquer une image présentant une citation attribuée à une personnalité, imiter la voix d’un journaliste ou reproduire la présentation d’une émission.

Mais tous les faux visuels ne sont pas nécessairement générés par intelligence artificielle.

Un logiciel classique de montage graphique permet également de reprendre un logo, une photographie et une mise en page pour fabriquer une fausse publication.

Dans le cas des images diffusées par @MamyKazadi, les publications montrent l’imitation d’une identité graphique.

Pourquoi cette pratique est-elle particulièrement sensible dans le contexte de l’Est de la RDC ?

Les sujets abordés dans les publications examinées concernent des questions qui alimentent déjà des débats politiques et sécuritaires : les FDLR, l’AFC/M23, les relations entre la RDC et le Rwanda, les initiatives américaines et les responsabilités des autorités.

Dans un tel contexte, une déclaration attribuée à tort à un ministre peut être reprise comme une position officielle. Une annonce non confirmée peut être présentée comme un développement diplomatique. Une accusation financière sans preuve peut affecter la réputation d’une personne.

L’imitation d’un média peut renforcer ces effets en donnant au contenu l’apparence d’une information déjà vérifiée.

La pollution de l’information ne résulte donc pas uniquement de la circulation de messages faux. Elle apparaît également lorsque les citoyens ne peuvent plus distinguer clairement l’auteur d’une publication, sa source originale et les preuves qui l’accompagnent.

Le risque concerne aussi les médias usurpés. Des internautes peuvent leur attribuer des publications qu’ils n’ont pas produites, puis remettre en cause leur crédibilité sur la base de ces faux contenus.

C’est pourquoi l’usurpation d’identité médiatique ne doit pas être considérée comme un simple problème de logo ou de présentation graphique.

Elle touche directement à la capacité du public à identifier une information fiable.

Comment éviter de se faire tromper par un faux visuel ?

La qualité graphique d’une publication ne constitue pas une preuve de son authenticité. Même un visuel parfaitement réalisé peut contenir une fausse citation ou une information inventée.

Avant de partager une image attribuée à ACTUALITE.CD ou à un autre média, cinq vérifications peuvent aider.

1. Identifier le véritable auteur de la publication. Regardez le nom du compte qui diffuse le visuel. Est-ce le compte officiel du média ou celui d’un internaute qui reprend son identité graphique ?

2. Rechercher le contenu original. Consultez directement le site du média, par exemple actualite.cd, ainsi que ses comptes officiels. Recherchez le titre, la citation ou les mots-clés. Si vous ne retrouvez pas le contenu, poursuivez la vérification.

3. Vérifier les déclarations attribuées aux personnalités. Lorsqu’une citation concerne un ministre, un président ou un responsable militaire, recherchez l’intervention complète, le communiqué ou l’entretien d’origine.

4. Examiner les preuves. Une annonce présentée comme « confirmée » doit reposer sur des éléments identifiables. Une image, même accompagnée d’un logo connu, ne suffit pas.

5. Signaler les contenus suspects. Si une publication semble usurper l’identité d’un média, conservez son lien, signalez-la à la plateforme et, si nécessaire, contactez directement la rédaction concernée.

Il faut également retenir qu'un compte certifié ou disposant de nombreux abonnés ne garantit pas automatiquement la véracité de ce qu'il publie.

Les internautes, premiers acteurs de l’alerte

Dans le cas des visuels examinés, des internautes ont contribué à attirer l’attention sur les publications suspectes.

Cette vigilance est utile. Les lecteurs peuvent repérer des contenus qui échappent initialement aux rédactions, signaler une citation douteuse ou demander confirmation à la source concernée.