La situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante dans l’Est de la République Démocratique du Congo, où un nouveau groupe politico-militaire, le Front pour la refondation de la nation (FRN), a vu le jour le 12 octobre 2026. Cette plateforme regroupe notamment l’AFC/M23, qui occupe les villes de Goma et de Bukavu depuis janvier 2025. Le FRN est dirigé par Joseph Kabila Kabenga, président de la République entre 2001 et 2019. Il est entouré de Corneille Nangaa (ex-coordinateur de l'AFC), Bertrand Bisimwa (président du M23) et Sultani Makenga (chef militaire de l'Armée révolutionnaire congolaise).
Dans ce contexte, plusieurs publications sur les réseaux sociaux affirment, communiqué à l’appui, que les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) auraient lancé un un recrutement spécial des étudiants âgés de 18 à 28 ans pour renforcer les effectifs de l’armée. Mais c’est faux : aucun recrutement n’a été lancé par les forces armées congolaises. Dans un communiqué publié ce 24 octobre 2026, les FARDC démentent cette information et affirment que le document relayé sur les réseaux sociaux comporte des éléments non conformes à leurs communications officielles.
« Les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), dans le cadre de la consolidation de la défense du territoire national et la lutte contre la rébellion qui menace la souveraineté de la République, annoncent l’ouverture d’un recrutement spécial au profit des étudiants des universités du pays », précise ce document, publié notamment sur ce compte sur X (lien archivé ici).
Cette publication a totalisé plus de 40.000 vues, 351 mentions “j’aime”, 171 commentaires et 51 partages au 24 octobre 2026.
Ce communiqué a également été largement partagé sur internet et sur les réseaux sociaux (ici, ici, ici, ici , ici, ici, ici, ici). Sur TikTok, une publication le reprenant a cumulé plus de 118 000 vues (lien archivé ici). Sur Facebook, une autre publication a enregistré plus de 10 000 mentions « J’aime », 3 726 commentaires et 112 partages (lien archivé ici).
Le document précise également que les candidats retenus suivraient une formation militaire et académique destinée à renforcer les capacités de l’armée et à contribuer à la défense nationale. Il indique, par ailleurs, que les modalités pratiques du recrutement, notamment les lieux d’inscription, les pièces à fournir, le calendrier et les critères de sélection, seraient communiquées ultérieurement par les canaux officiels des FARDC et des universités concernées.

Capture d’écran de la publication faisant objet de cet article
Une information démentie par les FARDC
Si tout porte à croire à un recrutement lancé au sein de l’armée, les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont démenti cette information. Dans un communiqué publié ce 24 octobre 2026, l’état-major général affirme que le document présenté comme officiel et diffusé le 22 octobre 2026 est un faux.
« Ce document qui fait allusion au recrutement dans l'armée des étudiants en pleine formation dans les Universités est une fausse information délibérément diffusée par un individu malintentionné, non seulement pour semer la confusion dans les esprits, mais aussi dans le but de nuire à la crédibilité de l'Armée », a précisé le communiqué.
Selon ce communiqué signé par le porte-parole des FARDC, le général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi, le document qui circule comporte des éléments non conformes à leurs communications officielles. L’armée affirme qu’il n’a aucun lien avec les communications officielles de son porte-parole.
Elle précise que le recrutement de spécialistes au sein des FARDC se fait sur titre. Les candidats concernés doivent également passer par le concours national obligatoire, dont la dernière édition venait de se tenir au cours du mois de septembre.
Face à la circulation de ce faux document, les FARDC appellent la population à ne pas le prendre au sérieux et invitent implicitement les internautes à la prudence face aux informations diffusées sur les réseaux sociaux au nom des institutions publiques.

Communiqué officiel des FARDC publié le 24 octobre 2026
Un faux document aux multiples anomalies
L’examen du document présenté comme un communiqué des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) révèle plusieurs anomalies graphiques et administratives, notamment au niveau de l’en-tête, des cachets, de la signature et des coordonnées de contact. La comparaison avec le communiqué officiel publié par l’état-major général permet de relever plusieurs incohérences.
Le cachet constitue un premier élément de divergence. Sur le communiqué officiel, un cachet à l’encre bleue porte la mention « Service de Communication et d’Information des Forces Armées ». Un cachet sec en relief est également visible sur le document. En revanche, le document contesté présente un cachet circulaire portant uniquement la mention « Le Porte-Parole », sans les mêmes références institutionnelles.
Des différences apparaissent également au niveau de l’identification du signataire. Dans le communiqué officiel, le nom du porte-parole est indiqué en toutes lettres sous sa fonction : « EKENGE BOMUSA EFOMI Sylvain, Général-Major ». Une signature manuscrite à l’encre bleue y est accompagnée d’un tampon nominatif mentionnant son grade et sa fonction. Sur le document contesté, la signature apparaît sans identification claire du signataire, contrairement à la présentation du communiqué officiel examiné.
Les coordonnées de contact présentent une autre incohérence. Le communiqué officiel mentionne l’adresse électronique scifantic@gmail.com, tandis que le document contesté affiche l’adresse sec.fardc@mil.cd. Ce dernier comporte également un numéro de téléphone, le +243 971 307 901, qui ne figure pas sur le communiqué officiel examiné.

Le faux communiqué attribué aux FARDC
La vérification du profil WhatsApp associé à ce numéro apporte un élément supplémentaire. La photo de profil affiche le message suivant : « Attention : ce numéro n’est pas celui des FARDC ». L’utilisateur associé à ce compte affirme que son numéro a été utilisé sans son consentement dans un faux communiqué.
« Je ne fais pas partie de l’armée. Merci de ne plus m’écrire pour le recrutement », indique-t-il.

Capture d’écran du profil WhatsApp du numéro indiqué dans le communiqué
Face à la menace du FRN, les autorités militaires renforcent la vigilance dans le Grand Katanga
L’annonce de la naissance du Front pour la refondation de la nation (FRN) suscite des préoccupations au sein des forces de défense et de sécurité congolaises. Dans le Grand Katanga, le général Eddy Kapend, commandant de la 22ᵉ région militaire, a appelé les troupes à renforcer leur vigilance face aux menaces sécuritaires.
Cet appel a été lancé lors d’une parade mixte des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC), organisée au stade Manika, à Kolwezi, dans la province du Lualaba. Le général Eddy Kapend a insisté sur la nécessité pour les éléments des forces de défense et de sécurité de faire preuve de discipline, de maintenir un niveau élevé de vigilance et de se tenir prêts à faire face à toute éventualité sécuritaire.
Dans le même contexte, le vice-Premier ministre chargé de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita, a effectué, le 18 octobre 2026, une visite d’inspection au centre d’instruction de Mura, situé à Likasi, à environ 120 kilomètres de Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga.
Plusieurs centaines de militaires en formation y poursuivent leur préparation en vue de leur prochain déploiement. Ils devraient renforcer les unités engagées dans la défense du territoire national.
James Mutuba