Au moins dix incidents de menaces, d’agressions contre le personnel de riposte et de destructions de centres de traitement Ebola ont été documentés en juillet 2026 en République démocratique du Congo, selon le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH). Dans son rapport mensuel, le Bureau décrit notamment une attaque contre une unité d’isolement à Butembo, au Nord-Kivu. Il alerte aussi sur la méfiance envers les équipes sanitaires, tout en relevant des difficultés de communication et de fonctionnement de la riposte.
Le 6 juillet 2026, des membres d’un groupe armé font irruption dans l’unité d’isolement de l’hôpital général de Kitatumba, à Butembo, au Nord-Kivu.
Selon le BCNUDH, ils mettent le feu à l’installation, détruisant les équipements qui s’y trouvent. Un policier chargé d’assurer la sécurité de l’hôpital est poignardé.
Cet incident figure parmi les violences recensées dans le rapport du BCNUDH consacré à la situation des droits humains en RDC au mois de juillet 2026.
Le Bureau indique avoir documenté au moins dix incidents visant le personnel ou les infrastructures de la riposte contre Ebola, commis par des groupes armés ou des personnes non identifiées dans plusieurs localités.
La méfiance envers la riposte parmi les facteurs évoqués
Pour expliquer le contexte de ces violences, le BCNUDH évoque une méfiance alimentée par des rumeurs, des suspicions et la peur.
Les croyances niant l’existence d’Ebola, les difficultés de communication, la faible participation des communautés et la prise en compte insuffisante de certaines pratiques socioculturelles figurent parmi les facteurs déjà relevés par le BCNUDH dans son analyse du mois de juin.
Des violences qui ne commencent pas en juillet
Les incidents de juillet s’inscrivent dans une succession de violences déjà signalées pendant cette épidémie.
Le 10 juin, à Tutu, dans le territoire d’Irumu en Ituri, une équipe chargée du suivi d’un cas suspect avait été attaquée. Selon le BCNUDH, un médecin avait été capturé, ligoté et menacé de mort avant d’être secouru par la police.
Dans la nuit du 14 au 15 juin, des membres d’un groupe Maï-Maï avaient pénétré dans un centre de traitement Ebola à Butembo. Après avoir menacé les gardiens, ils seraient repartis avec une fillette qui y était soignée ainsi que ses parents.
Ces incidents avaient déjà été examinés par Lokuta Mabe dans le huitième épisode de sa série « Les récits d’Ebola », consacré aux résistances envers la riposte.
À lire également : Les récits d’Ebola (Ép. 8) | Pourquoi certaines communautés résistent-elles à la riposte ?
Des difficultés réelles au sein de la riposte
Le rapport de juillet ne se limite pas aux attaques.
Le BCNUDH signale également quatre mouvements de grève du personnel de santé et des équipes de riposte au cours du mois.
Les agents concernés protestaient contre des arriérés de salaires et la précarité de leurs conditions de travail.
Selon le Bureau, ces interruptions ont eu de graves répercussions sur la gestion de l’épidémie, notamment sur les activités de recherche des contacts et la prise en charge dans les centres de traitement.
Le BCNUDH appelle les autorités à respecter leurs engagements financiers envers les intervenants et à instaurer un dialogue avec le personnel concerné.
Ces difficultés ne justifient pas les violences contre les équipes sanitaires. Elles montrent néanmoins que les obstacles à la riposte ne se limitent pas aux rumeurs ou aux résistances communautaires.
Ils concernent également les conditions dans lesquelles les professionnels de santé accomplissent leur travail.
Quand le manque d’information est pris pour de la défiance
Un autre incident rapporté par le BCNUDH illustre la nécessité de distinguer les refus volontaires des difficultés d’accès à l’information.
Le 4 juillet, à Bunia, plusieurs conducteurs de motos-taxis ont été interpellés par la police routière pour avoir enfreint un arrêté provincial adopté le 29 juin afin de limiter la propagation d’Ebola.
Interrogés, les conducteurs ont affirmé qu’ils ignoraient l’existence de ces dispositions.
Selon le BCNUDH, ils invoquaient un manque d’information plutôt qu’une opposition à l’autorité.
Cet épisode révèle une autre difficulté : une mesure sanitaire peut être mal appliquée lorsque les personnes concernées n’en connaissent pas les règles.
Une riposte confrontée à plusieurs problèmes de confiance
Les incidents documentés en juillet montrent que les équipes chargées de combattre Ebola travaillent parfois dans des conditions de forte insécurité.
Les menaces, les agressions et les destructions d’infrastructures peuvent compromettre la surveillance des cas, la prise en charge des malades et la continuité des interventions sanitaires.
Mais réduire ces difficultés à la seule circulation des fausses informations serait incomplet.
Le rapport du BCNUDH décrit également des problèmes de rémunération, des conditions de travail précaires et des mesures sanitaires dont certains citoyens affirment ne pas avoir été informés.
Ces éléments appellent des réponses différentes : protéger les équipes contre les violences, améliorer les conditions de travail, expliquer les décisions sanitaires et répondre aux préoccupations des communautés.
La sécurité de la riposte et la confiance des populations ne peuvent pas être traitées comme deux questions séparées.
À vrai dire
Le BCNUDH a documenté au moins dix incidents de menaces, d’agressions et de destructions visant les équipes ou les infrastructures de la riposte contre Ebola en juillet 2026.
L’attaque de l’unité d’isolement de Kitatumba, à Butembo, constitue l’un des exemples précisément décrits.
Le Bureau évoque un environnement marqué par la peur, les suspicions et les rumeurs. Mais son rapport ne permet pas d’attribuer chaque incident à une fausse information déterminée.
Il montre aussi que la riposte fait face à des difficultés qui lui sont propres, notamment des arriérés de salaires et des problèmes de communication des mesures sanitaires.
Combattre les rumeurs est nécessaire. Protéger les équipes, répondre aux préoccupations des communautés et corriger les difficultés réelles de la riposte l’est tout autant.
Lokuta Mabe | À vrai dire
Pour comprendre les différentes formes de résistance à la riposte : Les récits d’Ebola, épisode 8.