Verdict : trompeur. Dire que l’épidémie d’Ebola est « sous contrôle » ne signifie pas qu’elle est terminée. Lors du briefing du 15 septembre, les responsables de la riposte ont eux-mêmes reconnu que cette expression avait suscité de la confusion. Ils décrivent une amélioration en Ituri, mais une transmission qui se poursuit, notamment au Nord-Kivu.
« L’épidémie est sous contrôle. »
Lorsque le gouvernement congolais a utilisé cette expression pour décrire l’évolution de la 17e épidémie d’Ebola, les réactions n’ont pas tardé. Pour certains, « sous contrôle » signifiait que l’épidémie était pratiquement terminée. Le 15 septembre, lors d’un briefing consacré à Ebola, Placide Mbala, responsable du pilier recherche de la riposte, a lui-même évoqué cette confusion : après les déclarations officielles, explique-t-il, il a vu sur les réseaux sociaux des personnes comprendre que « l’épidémie est finie ».
Une amélioration n’est pas une fin d’épidémie Jean-Jacques Muyembe fait lui-même la distinction. Selon lui, dire que l’épidémie est « sous contrôle » signifie que les équipes observent une amélioration de certains paramètres et estiment mieux maîtriser sa gestion. Mais il ajoute immédiatement : « Cela ne veut pas dire que l’épidémie est finie. » Il appelle au contraire à renforcer le suivi des contacts et affirme que la riposte ne peut pas s’arrêter tant que la transmission continue. Placide Mbala se montre lui aussi prudent. Il explique que les progrès observés ne sont pas uniformes et qu’il faut regarder les données province par province, puis zone de santé par zone de santé et même aire de santé par aire de santé. C’est précisément là que l’expression « sous contrôle » peut induire en erreur lorsqu’elle est sortie de son contexte.
En Ituri, la situation s’améliore. Au Nord-Kivu, pas de la même manière
Les responsables présents au briefing décrivent deux dynamiques différentes. En Ituri, Placide Mbala évoque une inversion de la courbe épidémique et une diminution des cas et des décès dans certains anciens foyers, notamment Nyakunde, Mongbwalu et Nizi. Mais il signale aussi des zones où l’incidence augmente encore. Au Nord-Kivu, la situation décrite est différente. Muyembe affirme que la courbe y reste ascendante et que le plateau n’y a pas encore été atteint. Dans sa conclusion, il répète que si une amélioration est observée en Ituri, « au contraire, la transmission continue » au Nord-Kivu. Une situation nationale peut donc s’améliorer tout en cachant des évolutions différentes selon les provinces.
« Le pic est passé » ne signifie pas non plus « zéro cas »
Une autre expression a alimenté les interrogations : le pic de l’épidémie serait derrière nous. Placide Mbala explique qu’un pic correspond au moment où le nombre de cas atteint son niveau le plus élevé avant de commencer à diminuer. Il précise surtout qu’on ne peut réellement identifier ce pic qu’après avoir observé une baisse suffisamment durable. Selon lui, il faut suivre cette décroissance pendant au moins deux à trois semaines avant de conclure que le pic a effectivement été dépassé. Et là encore, il n’existe pas nécessairement un seul pic valable partout au même moment. Muyembe explique que le moment du pic en Ituri peut être différent de celui du Nord-Kivu. Dire que « le pic est passé » au niveau national ne signifie donc pas que chaque province a dépassé son propre pic, encore moins qu’il n’y aura plus de nouveaux cas.
Pourquoi les mots comptent
Cette confusion montre un autre visage de la pollution de l’information pendant une épidémie. Il n’y a pas nécessairement, au départ, une fausse information fabriquée pour tromper. Une expression utilisée par des responsables sanitaires peut être scientifiquement ou techniquement compréhensible dans un contexte précis, mais produire une tout autre interprétation auprès du public. « Sous contrôle » peut devenir « c’est fini ». « Le pic est passé » peut devenir « il n’y a presque plus de cas ». « La courbe baisse » peut être comprise comme si elle baissait partout. Or les responsables de la riposte eux-mêmes décrivent une situation plus complexe.
Et cela peut avoir des conséquences
La distinction n’est pas seulement une question de vocabulaire. Placide Mbala insiste sur la nécessité de poursuivre le suivi des contacts. Muyembe explique lui aussi que l’annonce d’une amélioration ne doit surtout pas conduire les communautés, les équipes ou les partenaires à relâcher leurs efforts. Le risque d’une expression mal comprise est donc concret : faire croire que les mesures de prévention et de surveillance sont devenues moins nécessaires alors que la transmission continue. C’est précisément le type de confusion que l’information sanitaire doit éviter.
Ce que nous retenons
« Sous contrôle » ne signifie pas « terminée ». Les responsables de la riposte décrivent une amélioration de plusieurs indicateurs, particulièrement en Ituri. Mais ils signalent également des zones où la transmission continue et une dynamique différente au Nord-Kivu. « Le pic est passé » ne signifie pas non plus qu’il n’y aura plus de cas. Un pic décrit l’évolution d’une courbe épidémique. Et cette courbe peut évoluer différemment d’une province à l’autre. Surtout, l’amélioration de la situation ne signifie pas que les mesures de prévention peuvent être abandonnées.
Dans une épidémie, les mots utilisés pour annoncer une amélioration doivent être aussi précis que ceux utilisés pour annoncer une aggravation. Une information rassurante mal expliquée peut, elle aussi, devenir une forme de pollution de l’information.