Rencontre entre Bintou Keita et les dirigeants de l'AFC/M23

Rencontre entre Bintou Keita et les dirigeants de l'AFC/M23


Un compte X a publié le 13 juin 2025, une photo dans laquelle figure Bintou Keita, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations-Unies en RDC et cheffe de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), aux côtés d’autres membres de son équipe, lors de la rencontre avec des représentants du mouvement rebelle AFC/M23 à Goma. La légende affirme que la cheffe de la MONUSCO aurait relayé un message des États-Unis, demandant à Paul Kagame et Joseph Kabila — présentés comme leaders du mouvement — de retirer immédiatement les troupes rwandaises du territoire congolais, et ordonnant à Joseph Kabila de s’exiler hors de l’Afrique centrale. Attention : rien ne prouve que Bintou Keita a tenu ces propos devant les représentants de l’AFC/M23 à Goma dans le Nord-Kivu.

Sur l’image, nous pouvons apercevoir dans une salle de réunion, Bintou Keita, visiblement accompagnée d’une délégation de la MONUSCO, assise face aux représentants de l’AFC/M23, conduits par Corneille Nangaa (lien archivé ici).

Cette publication compte plus de 57 000 vues, 246 commentaires, 394 likes et 61 partages au 18 juin 2025. 

« #RDC: 🚨🚨🚨 Bintou Keita aux rebelles " je suis venu avec un message, un message pour vos deux leaders, car ici, je ne vois pas des personnalités importantes. Dites à Paul Kagame et à Joseph Kabila, que les États-Unis demandent le retrait immédiat de troupes Rwandaises sur le sol congolais mais aussi la possibilité à Joseph Kabila de choisir un autre pays en dehors de l'Afrique centrale pour aller vivre. »

 

 

Rien ne prouve que Bintou Keita a tenu ces propos 

Dans une déclaration à la presse publiée sur le site officiel de la Mission onusienne, Bintou Keïta s’est exprimée à l'issue de sa rencontre avec les membres de la rébellion AFC/M23 (lien archivé ici). Elle a indiqué s’être rendue à Goma « dans un esprit d’écoute et d’échange », précisant que sa rencontre avec les leaders de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) s’inscrit dans une continuité d’efforts conjoints menés depuis plusieurs mois en faveur des populations affectées. 

Bintou Keïta a également réaffirmé l’engagement de la Monusco à soutenir « toutes les initiatives susceptibles de favoriser une désescalade de la situation à l’est, en vue de parvenir à une solution pacifique de la crise actuelle en RDC », selon les informations de Radio Okapi (lien archivé ici). La même source renseigne que la cheffe de la Monusco a indiqué que les responsables de l'AFC/M23 ont exprimé leur volonté de trouver une solution pacifique la crise.

Lawrence Kanyuka, porte-parole de l’AFC/M23, a déclaré sur le réseau social X que la rencontre tenue à Goma entre leur mouvement et les délégations de la Monusco s’est déroulée dans un climat constructif, riche en échanges, et porteur d’espoir en faveur de la paix (lien archivé ici). Sa publication est assortie d’une vidéo montrant l’allocution de Bintou Keita prononcée en clôture de leur rencontre.

D’après RFI, cette rencontre visait principalement à échanger autour de la mise en œuvre du mandat de la Mission onusienne, en particulier en ce qui concerne la protection des civils (lien archivé ici).

Bintou Keita conclut sa visite à Goma 

La Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en RDC et cheffe de la Monusco a conclu, dimanche 15 juin 2025, sa visite dans la ville de Goma, centrée sur les échanges avec les parties prenantes du conflit dans l’est, a rapporté le média Actualité.cd (lien archivé ici).

Sur le compte X de la Monusco, elle a déclaré que cette visite lui a permis « d’écouter attentivement les préoccupations et les perspectives des différents parties prenantes », précisant que cela allait enrichir sa lecture de la situation sur le terrain lors de son briefing au Conseil de sécurité le 27 juin (lien archivé ici).

Durant sa visite de trois jours dans la capitale du Nord-Kivu, la patronne de la Mission onusienne a également rencontré le commandant de la Force de la SAMIDRC, le général de division Monwabisi Dyakopu, et s’est aussi entretenue avec les éléments des FARDC et les policiers placés sous la protection de la Mission, en attente de leur évacuation, renseigne Radio Okapi (lien archivé ici).

L’AFC/M23 accusé d’avoir transféré 1 500 civils de force vers le Rwanda 

Le groupe armé AFC/M23 soutenu par le Rwanda a déporté plus de 1 500 personnes des zones occupées dans l’est de la République démocratique du Congo vers le Rwanda, en violation des Conventions de Genève de 1949, a déclaré Human Rights Watch dans une analyse rendue public ce 18 juin 2025 (lien archivé ici).

L’organisation demande au gouvernement rwandais et l’AFC/M23 de mettre immédiatement fin aux transferts forcés de citoyens congolais et de réfugiés rwandais, qui constituent des crimes de guerre. 

D’après les informations de RFI, en mi-mai 2025, plus de 1 500 personnes ont été regroupées par l’AFC/M23 au camp de transit du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Goma, cela avant d’être transférées par bus jusqu’au Rwanda voisin (lien archivé ici). Ces hommes, femmes et enfants venaient principalement de Saké, poursuit la même source. 

RFI précise que selon le groupe armé, -qui contrôle Goma et une partie de la province du Nord-Kivu- il s’agissait de Rwandais en situation irrégulière dans l’est du Congo qu’il fallait renvoyer au Rwanda. Mais pour Human Rights Watch (HRW), qui a pu s’entretenir avec certains d’entre eux, ce sont des civils venant principalement de Karenga dans le Masisi. 

D’après Actualité.cd, le contrôle que le Rwanda exerce de manière effective sur certaines zones de l’est de la RDC, à travers ses propres forces armées et l’AFC/M23, semble correspondre aux critères d’une occupation belligérante selon le droit international humanitaire (lien archivé ici). Ce média mentionne l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, rappelé par Human Rights Watch dans son rapport, qui interdit en tant que crime de guerre, les transferts forcés de population à l’intérieur du pays ainsi que les déportations hors du territoire occupé, quel qu’en soit le motif. 

Résumé 

Aucune preuve ne confirme que Bintou Keita, cheffe de la Monusco et Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RDC, a tenu de tels propos au cours de sa rencontre avec les représentants du mouvement rebelle de l’AFC/M23 à Goma. 

Aucune preuve

James Mutuba